ACTE CINQUIÈME
SAVERNY
Pauvre ami! — De la mort disons quelque parole.
A part.
Cela m'attriste un peu, mais cela le console.
DIDIER
Que me demandez-vous? Je n'ai point écouté. Car, depuis qu'on m'a dit ce nom, il m'est resté Un étourdissement dont j'ai l'âme affaiblie. Je ne me souviens pas, je ne sais pas, j'oublie.
SAVERNY, lui prenant le bras.
La mort?
DIDIER, avec joie.
Ah!
SAVERNY. -
Parlez-moi de la mort, mon ami.
Qu'est-ce enfin?
DIDIER
Cette nuit avez-vous bien dormi?
Très-mal. — Mon lit est dur à meurtrir qui le touche!
DIDIER
Bien. — Quand vous serez mort, mon ami, votre couche Sera plus dure encor, mais vous dormirez bien. Voilà tout. On a bien l'enfer, mais ce n'est rien Près de la vie !
SAVERNY
Allons! ma crainte s'est enfuie.
Mais, diable! être pendu, voilà ce qui m'ennuie!
DIDIER
Eh ! c'est toujours la mort, n'en demandez pas tant!
SAVERNY
A votre aise! Mais moi, je ne suis pas content. Je crains peu de mourir, je le dis sans jactance, Quand la mort est la mort et n'est pas la potence.
La mort a mille aspects. Le gibet en est un. Sans doute ce doit être un moment importun Quand ce nœud vous éteint comme on souffle une flamme, Et vous serre la gorge, et vous fait jaillir l'âme! Mais, après tout, qu'importe ! et, si tout est bien noir, Pourvu que sur la terre on ne puisse rien voir, — Qu'on soit sous un tombeau qui vous pèse et vous loue, Ou que le vent des nuits vous tourmente et se joue A rouler des débris de vous, que les corbeaux Ont du gibet de pierre arrachés par lambeaux, — Qu'est-ce que cela fait?
SAVE.RNY.
Vous êtes philosophe !
Que le bec du vautour déchire mon étoffe,
Ou que le ver la ronge, ainsi qu'il fait d'un roi,
C'est l'affaire du corps ; mais que m'importe, à moi!
Lorsque la lourde tombe a clos notre paupière,
L'âme lève du doigt le couvercle de pierre,
Et s'envole...
Entre un conseiller, suivi et précédé d'un hallebardier en noir.