SCENE YI
Les Mêmes, MARION, LE GEOLIER.
LE GEOLIER, à Marion.
Surtout, soyez dehors avant l'heure indiquée.
Il s'éloigne. Pendant tout le reste de la scène, il continue de se promener de long en large au fond du théâtre.
MARION
Elle s'avance en chancelant et comme absorbée dans une pensée de désespoir. De temps en temps, elle passe la main sur son visage, comme si elle cherchait à effacer quelque chose.
...Sa lèvre est un fer rouge et m'a toute marquée!
Tout à coup, dans l'ombre, elle aperçoit Didier, pousse un cri, court, se précipite, et tombe haletante à ses genoux.
Didier! Didier! Didier!
DIDIER, comme éveillé en sursaut.
Elle ici! Dieu !
Ç'un ton froid.
— C'est VOUS?
MARION, levant la tète.
Qui veux-tu que ce soit? — Oh! laisse! à tes genoux! Je me sens si bien là! — Tes mains, tes mains chéries, Donne-les-moi, tes mains!— Comme ils les ont meurtries! Des chaînes, n'est-ce pas? des fers?. ..—Les malheureux! Je suis ici, vois-tu? c'est que... — c'est bien affreux!
Elle pleure. On l'entend sangloter.
DIDIER
Qu'avez-vous à pleurer?
MARION
Non. Est-ce que je pleure?
Non, je ris.
Elle rit.
Nous allons nous enfuir tout à l'heure. Je ris, je suis contente, il vivra! c'est passé!
Elle tombe sur les genoux de Didier et pleure.
Oh! tout cela me tue, et j'ai le cœur brisé!
DIDIER
Madame...
Elle se lève sans l'entendre et court chercher le paquet, qu'elle apporte à Didier.
MARION
Profitons de l'instant où nous sommes.
Mets ce déguisement. J'ai gagné ces deux hommes. On peut sans être vu sortir de Beaugency. Nous prendrons une rue au bout de ce mur-ci. Richelieu va venir voir comme on exécute Ses ordres. Gardons-nous de perdre une minute.