‹ Marius et Jules César: leurs monuments dans la GauleChapitre 6 sur 7 · A. DE L ABORDE · texte numérisé non relu

A. DE L ABORDE

d'hommes dont deux de Jales César et trois de Yercingétorix; et trois statues de femmes, Rome, la Gaule et la Grande-Bretagne.

Si Ton compare le captif de l'arc de Saint-Remy avec ceux des arcs d'Orange et de Garpenlras, on trouve une notable différence dans leur costume , comme pour marquer la différence qu'il y a dans la qualité des personnages ; le captif de Saint-Remy, couvert d* un riche paludamentum, représente évidemment le chef d'une grande nation, tandis que ceux de Garpentras et d'Orange, vêtus du sagum en peau de bête ou de la tunique courte, représentent de pauvres montagnards, de simples chefs de peuplades; ce que nous verrons, dans notre Précis historique, être parfaitement d'accord avec l'histoire.

Indépendamment des groupes nord et sud dont nous venons de parler, il y a sur les petits côtés est et ouest du monument des plinthes formant des niches doubles enchâssées carrément dans le mur, qui sont vides aujourd'hui, mais qui devaient contenir soit des statues de pierre, soit, ce qui est plus probable, vu leur peu de profondeur, des décorations ou des trophées en bronze.

La statue de pierre trouvée près de là, donnée par Spon (1), dans son frontispice n"" SI, que Hénard dit être sculptée avec une grande délicatesse (2) et que Millin trouve du plus mauvais goût (3] , occupait-elle une de ces niches? Nous ne le pensons pas, puisque, d'après ces auteurs, elle portait sur un piédestal carré dont l'épaisseur aurait rendu la pose impossible.

Le Silène accoudé sur une peau de panthère et tenant

(1) Recherches d'Antiquités.

(2) Mémoires de l'Académie.

(3) Tome III, page 405.

ASTOn, L'-» X TILPf r. r .■■• r .

uDe coupe à la maiD, qu'on voit au dessous d'une fontaine, dans une petite ferme au nord du monument, s'encadrerait mieux dans ces entablements ; mais il jurerait de se trouver en si austère compagnie, et sa facture, quoique antique* ne nous parait pas digne d'être associée h un pareil chef-d'œuvre.

Une reste donc des parties décoratives de ces deux faces que les crampons de fer qui les retenaient et dont on voit encore les traces.

Les caissons de la voûte de l'arc sont hexagones, d'un dessin élégant et d'une exécution délicate, de même que les rosaces , qui sont toutes variées ; la frise est ornée d'instruments des sacrifices, attributs du grand-prêtre, du tummus pontifex ; on y voit le couteau à gaine (1) « qu'on trouve dans les anciens marbres, » le lituus ou bâton augurai, les flûtes, les cimbales, etc*, etc.

L'archivolte, au lieu de membres ordinaires, porte une épaisse guirlande de fruits du pays mêlés de fleurs et de feuilles et divisés par des liens de rubans. Chaque division est formée d'une seule espèce de fruits ; il y a des glands, des pommes ou despoires, des raisins, des pommes de pin , des grenades , répétés symétriquement des deux côtés et des olives au faite; toutes ces sculptures sont d'une admirable perfection et laissent bien loin derrière elles celles de l'arc d'Orange.

Les dimensions de l'Arc de triomphe sont :

Longueur 12,85

Profondeur . . . • 5,60

Hauteur 8,80

La tradition n'apporte pas à l'Arc de triomphe le contin-

(i) De MoHTPAUGON, t. n, i** partie, planche LXVI, page 148, fig. n* 1.

gent de préavis qu'elle fournit au Trophée» parce que le souvenir de Marins le libérateur a complètement absorbé celui du conquérant ; elle nous enseigne cependant que Jules César est entré à Orgon par la porte derHortet, et nous devons croire que le vainqueur des Gaules aura séjourné dans le quartier de la Sa voye, qui est encore de nos jours la vieille cité gallo-romaine des premiers âges.

Ce serait dans un de ses voyages en Espagne ou à Arles que Jules César, ayant passé par Orgon et par le camp de Glanum» aurait choisi l'emplacement de son monument triomphal à côté de celui de Harius.

« Hais comment supposer, dit Mérimée, que dans la « Gaule on eût élevé un monument qui représentât les <( gens du pays, ou de proches voisins vaincus et enchai* « nés ? Les polissons gaulois auraient par patriotisme <i mutilé ces statues (1) )>

 cette objection, qui n'est que spécieuse, M. Bastet, d'Orauge, répond judicieusement : a Parce que les Cavares, 4( amis constants de Rome, n'avaient point paru dans les « insurrections gauloises , ni dans les guerres de César et « de Pompée (S). »

On pourrait ajouter que cette partie de la Gaule étant déjà romaine à cette époque , les victoires de Jules César ont dû y être accueillies avec faveur et ses monuments respectés à l'égal de ceux de Marins.

Malgré cette efficace protection, les suppositions de M. Mérimée se sont en partie réalisées ; le faite de l'Arc de triomphe a été démoli de main d'homme, et sa conservation n'est certainement due qu'à une fortuite intervention ; on a abattu les têtes de Jules César et de Rome ; il ne reste

(i) Page 326.

(2) Page 10 et âubbmas.

plus que celles de Yercingétorix et de la Gaule, comme si riostinct national avait voalu frapper les bourreaux et respecter les victimes.

L'Arc de triomphe de Saint-Remy a donc été élevé pour perpétuer le souvenir des victoires de Jules César dans les Gaules, peu de temps après la construction du Trophée de Marins, et en la forme nouvellement introduite par les Grecs.

Ce monument est de Jules César et ne peut être d'aucun autre; il est d'une haute antiquité par ses larges assises, par la pureté de ses formes qui ont un caractère primitif, antérieur à la décadence et par conséquent à Auguste.

Celui en l'honneur de qui il a été élevé était summui ponlifex; il a vaincu deux nations, l'une superbe de taille et de costume , l'autre moins grande et plus modeste ; ce n'est pas un consul, c'est un impérator, un dictateur, ce ne peut être que Jules César.

Seul, il pouvait placer son monument à côté de celui de Marins, son oncle, sans crainte de voir sa gloire éclipsée par ce grand souvenir, parce que ce monument rival élevé par ses soins ou à son instigation, portait déjà son nom, et parce qu'à Rome les Gaulois et les autres Barbares du Nord inspirant la même crainte, étant considérés comme les mêmes peuples, les vainqueurs des uns et des autres pouvaient s'associer dans le même triomphe.

Et si ce monument est l'Arc de triomphe de Jules César, comme il n'est guère possible d'en douter, le guerrier à la haute stature ne peut être que Yercingétorix et les deux nations captives sont évidemment la Gaule et la Grande- Bretagne.

Le camp de Glanum prouve que nous ne nous étions pas trompé, dans notre Campagne de Marimdam la Gaule,

sur la route qu'afaient suivie les Barbares et sur la position stratégique de Marius. C'est dans le camp de Glanum quMl a» pendant plusieurs années, attendu les ennemis ; c*est de ces retranchements qu'il a repoussé leurs attaques ; c'est dans la grande plaine qui est au dessous que ceux-ci étaient campés, et c'est par la voie Aurélienne que les Barbares ont défilé pendant sept jours devant les soldats romains, non pour porter à Rome des nouvelles à leurs femmes, mais pour aller , parOrgon, Lambesc etEguille, se faire battre aux Mille et exterminer à Fourrières.

Ce point établi, il en ressort comme conséquence nécessaire : que les Fosses-Mariennes étaient bien réellement le thalweg de la plaine enserrant le cap des Alpines depuis Saint-Remy et Mouriës jusqu'à Saint-Gabriel, dans un immense delta entouré des eaux dérivées de la Durance (1), et qu'Ernaginum était le port de ces Fosses, la ville d'Arles étant bâtie entre le Rhône et la mer (S).

(1) Bmestus Herzoq, HisUnriœ GaUiœ Narbonenâis^ p. 62 et 63, choisit parmi les erreurs accréditées sur la campagne de Marius, celles qui sont le moins probables ; il fait communiquer les Fosses-Mariennes avec le Rhône ; il place , comme RoUin , le camp de Marius sur ITsère, et il fait détruire les Teutons près d'Aix , dans une seule bataille.

(2) Vidit aquas etiam, seu tantum flumina magna Tôt quot semblabant omnibus esse mare, etc., etc., Et flumen Rhodani, etc.

(Maygra entrepriza. Abbna, parBoNAFOus, 1860, p. 71).

< L'inscription de Fronton prouve que la mer arrivait jusqu'à Saint- Gabriel; qu'Arles était construit entre une rivière et la mer. » Sbguin, Antiquités d^ Arles, p. 2, 3 et 4.

a II n'y a aucun doute aujourd'hui que les marais d'Arles ont été le lit d'un bras de la mer, ou d'une branche du Rhône, ou peut-être d'une branche de la Durance. » Ol>servaH(ms sur le projet de dessécher les marais d' Arles ^p9S M. LioiER , juge-de-paix. Aix, l'an IV.

a Arles était baigné à l'est par un bras de la Méditerranée, que le temps a changé en marais. » Estranoin, Description de la ville d'Arles, p. XH.

Le Trophée et TArc de triomphe ajoutent une nouvelle preuve à celles que nous avons données. Ces monuments ne peuvent être antérieurs à Jules César ; leur forme, leur exécution, les sujets dont ils sont décorés s'opposent à ce qu'on leur attribue une plus antique origine.

Et ils ne peuvent être postérieurs : Le Trophée, puisqu'il représente deux personnages consulaires dont il n'est plus question à partir de cette époque; TÂrc, puisque Jules César seul avait intérêt à placer son arc triomphal dans le dernier camp de Harius. Tous deux, enfin, parce que, sous des types différents, ils caractérisent l'apogée d'une des formes de l'art architectural qui atteignit son plus haut degré de perfection sous Jules César, pour tomber immédiatement après en décadence sous Auguste.

Ces deux monuments n'ont pas moins d'importance au point de vue historique qu'au point de vue architectural ; ils consacrent le souvenir des deux plus brillantes campagnes des temps primitifs, et ils nous ont conservé les types des plus grandes figures de cette époque. Marins, Jules César et Vercingétorix.

A tous ces titres, ils méritent de sortir de l'oubli où ils étaient délaissés, et de prendre, parmi les chefs-d'œuvre de l'art grec et de l'art romain, la place qu'on leur a trop longtemps refusée.

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