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qu'elle portait cette marque distinctive qui les caractérise toutes (1).
Les Yictoires dont Jules César a voulu conserver le souvenir par ce monument, ne peuvent être que celles remportées dans les Gaules , et principalement la prise d'Alésia et la capture de Vercingétorix.
a Le siège d'Alésia et la bataille qu'il gagna devant , lui « acquirent plus d'honneur et de gloire que nulle autre , « parce que ce fut l'affaire oh il fit le plus de preuve de a prouesse, de hardiesse et de bon sens.
a Mais ce qui fait plus à émerveiller en cela, est que « ceux de la ville ne surent jamais rien de ceux qui « les venaient secourir , sinon après que César les eut a défaits (8).
a Les grandes choses que Jules César accomplit devant « Alésia sont de celles qu'un homme ose à peine entre- « prendre et qu'un dieu seul peut achever (3). »
Le prisonnier sur l'épaule duquel Jules César met la main gauche ne peut donc être que Vercingétorix.
a Les Gaulois furent entraînés à la guerre par ce a Vercingentorix que rendaient si terrible sa taille, ses « armes , son fier courage et son nom même, qui semblait « inventé pour jeter l'épouvante (4). »
Le héros de la Gaule a des formes colossales et un aspect athlétique ; sa taille est de deux mètres douze centimètres , environ douze centimètres de plus que
(1) a De tous les décrets que le Sénat et le peuple romain firent en son honneur, il n'y en eut point qui lui fit plus de plaisir que le droit de porter toujours la couronne de laurier. » Suétone , liv. V.
(2) Plutarqub. Vie de Mariw.
(3) Vbllbius Patergulus, liv. II, XIII, p. <59.
(4) Florus, liv. III, p. 231.
Jules César, qu'il dépasse ainsi d'une partie de la tète (1). Ses cheveux sont épais et touffus sans être longs ; il n a pas de barbe et pas de moustaches , comme sur ses médailles, et Ton voit ses dents saillir de sa bouche grande ouverte pour lancer des imprécations contre son vainqueur. Il porte, comme Jules César, unpaludamentum d'une grande richesse ; son buste est nu jusqu'à la ceinture et il a le bas du corps couvert d'une fine braje dont les plis étages descendent jusqu'à la cheville (S). Enfin, il a les pieds nus et les mains liées derrière le dos ; son casque , suspendu à une branche du trophée placée au dessus de la tête de Jules César, est rond , sans visière , et a beaucoup de ressemblance avec ceux de l'arc de triomphe de Carpentras et des médailles de Jules César.
Toutes ces sculptures sont parfaitement intactes , mais on ne les distingue que dans l'après-midi, lorsqu'elles sont frappées du soleil couchant.
Nous ne devons pas être surpris devoir le vainqueur et le vaincu également vêtus du paludamentum. « Le costume « gaulois ne différait guère, dans les temps reculés , de <( celui des peuples de la Germanie ; mais ils y firent peu a à peu des changements qui en rapprochèrent la forme « de celui des Romains (3). »
Il y a loin du véritable Yercingétorix, à la figure de fantaisie de la statue d'Alise Sainte-Reine , dans laquelle
(1) D'après Florus^ III, X, 26, et Dxox Gas&ius, Vercingétoriz était d'une haute stature , et il avait un aspect fort imposant sous les armes. Voir aussi, sur la taille des Gaulois, Diodorb de Sicile, V, XXXVIII, X. TiTB-LivB , XXXVIII , XVII , XXI.
(2) Strabon, liv. IV.
(3) Malliot, t. II, p. 493. « Jules César adoucit et polit les mœurs des Gaulois. » Plutarque. Vie de Jules César.
on noQS le moatre avec on costame gaalois , de longs cheveux et une grande moastache (f).
Il existe plusieurs versions de la reddition de Vercingé* torix (3) ; celle de Jules César explique si bien le principal bas-relief de l'Arc de triomphe de Saint-Remy, qu'on la croirait écrite pour lui servir d'inscription :
a Les chefs ennemis paraissent devant lui , Vercingé- « torix est remis entre ses mains et les armes sont apporte tées à ses pieds (3). )>
Le second groupe, nord-ouest, représente d'un côté Rome guerrière assise sur des faisceaux d'armes, a Sur « un des bas-reliefs de l'Arc de triomphe , on aperçoit un « carnyx , ou trompette gauloise , très bien caractérisé ; il « est placé parmi les dépouilles qui sont étalées aux pieds « de la flgure triomphale assise (4). »
A la gauche de Rome est un captif nu, debout, tournant le dos au spectateur: c'est encore Vercingétorix ; malheureusement , il manque tout le buste à ces deux statues et l'aplomb même des assises a été dérangé ; mais les deux personnages n'en sont pas moins parfaitement reconnaissablés, Tun , à sa pause et à ses attributs , l'autre , à sa taille colossale.
Le groupe sud-est représente, une troisième fois, Vercingétorix ; il porte sur les épaules le paludamentum ;
(1) Voir le dessin de cette statue par Millet. Magasin pittoresque de 1866-67, p. 213.
(2) Plutarqub. Vie de Marius, Florus, liv. III, p. 233. Dion Gassius, p. 314.
(3) « Eo duces producuntur, Vercingétorix deditur, arma projiciuntur. » De hello GMieo, lib. VII, p. 120.
(4) Laqoy (Marquis de). Recherches numisnuUiqaes ^ p. 16, aux notes. Ce carnyx est exactement le m Ame que celui qu'on voit sur les médailles de Jules César.
son corps est nu jusqu'à la ceinture ; mais, de là à la cheville, il est couvert d'une braye retroussée par le bas, dont les plis se dessinent tout le long des jambes. Le héros gaulois est enchaîné contre un poteau, les mains liées derrière le dos ; la télé seule manque à ce personnage qui , sauf quelques détails , est le même que dans le premier groupe.
A la droite de Yercingétorix , et aussi grande que lui, est une femme à longue chevelure flottant sur les épaules , vêtue d'une robe de deuil ; elle est enchaînée avec Yercingétorix au Ironc d'arbre qui sépare les deux statues; c'est, à n'en pas douter, la Gaule captive. Les antiquaires qui ont visité ce monument ne s'y sont pas trompés; tous lui donnent ce nom, qu'elle porte empreint sur sa majestueuse stature. L'image de cette captive est entière comme la première statue de Yercingétorix.
Enfin, le bas-relief sud-ouest représente Jules César de face , les mains posées derrière le dos , étalant son paludamentum, la magniflcence de sa cuirasse, sa remarquable ceinture et la chaussure des rois d'Albe.
On est surpris de voir Jules César les mains posées derrière le dos comme un captif , tandis qu'on représente d ordinaire les triomphateurs la main sur la hanche. Mais il est difficile de douter de l'identité de ce personnage avec celui qui met la main sur Yercingétorix. C'est la même taille, la même ceinture , qu'on ne peut pas confondre avec les liens qui attachent les mains des captifs, et enfin la même cuirasse , sauf les détails d'ornementation qui diffèrent , celle-ci étant unie, tandis que la première est squammée ; celte pose ne serait donc qu'une exception à la règle générale justifiée par la coquetterie de Jules
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César, Toalant paraître dans lOQt Téclat de son brillant costume.
Une captive est à la droite du Tainqaeur ; mais quelle différence entre la Gaule et celle dernière, qui est au sud-est! Celle-ci est plus petite; elle a dix centimètres de moins que Jules César ; elle porte , comme la précédente, la longue robe de deuil, mais cette robe est plus simple et moins ondoyante; la captive n'est pas enchaînée à un poteau; elle a seulement les mains liées et pendantes au dessous de la poitrine.
Les deux têtes manquent encore à ces deux statues.
Quelques érudits ont cru voir dans ce bas-relief le fils et la fille d'Orgétorix, roi des Suisses, faits prisonniers par Jules César dans sa première campagne (1). Mais il faut se rappeler que Texpédition d'Angleterre eut un tout autre retentissement que celle de Suisse. « Les Roa mains n'ayant encore sur la Grande-Bretagne que des <r notions imparfaites dues à certains écrivains grecs, a et notamment à Pylhéas de Marseille, l'expédition M aventureuse du conquérant des Gaules contre cette Ile 4i eut à cette époque l'éclat de la découverte du Nouveau- « Monde (2). >/
Cette nation vaincue, moins grande et moins puissante que la Gaule, mais qui n'est pas asservie, enchaînée, n'est et ne peut être que la Grande-Bretagne (3).
Ainsi les quatre bas-reliefs contiennent cinq statues
(1) J. GésAR, liv. I,p. 29.
(2) Napoléon III, t. II, p. 147. « Il pénétra jusque dans la Grande-Bretagne ; César semblait chercher un autre inonde pour agrandir notre empire et le sien. » VuxEnis Paterculus, liv. II, XLII, p. 157. « C'était eomme un nouveau monde que le conquérant découvrait et soumettait à sa patrie. » J. César. De bello GallicOy liv. IV, c. XX.