ACTE PREMIER
De ton triomphe aux cris d'une plèbe en délire ; Et je songe, en voyant tes prétoriens conduire Jugurtha dans les fers et précédant ton char, Que c'est Sylla l'auteur de cet heureux hasard.
MARIUS
A moins que Marins n'épargne au roi Numide Un si suprême affront...
SYLLA
Qui te rend si timide ?
Quoi, tu ménagerais, aujourd'hui qu'il est pris, Celui dont le Sénat a mis la tête à prix ?
MARIUS
N'ai-je point le droit d'être généreux ?
SYLLA
Peut-être.
Prends garde cependant, et crains d'ainsi paraître Servir un sentiment moins désintéressé.
Tes ennemis diront que ton orgueil, blessé Par le succès d'un autre, en a pris quelque ombrage Et veut en écarter le vivant témoignage. Dût-il à tes honneurs manquer l'essentiel.
MARIUS
Sylla... Cette injure à ton Consul ? Par le ciel...
SYLLA
Va, je connais assez ton noble caractère. Je dis ce qu'on dira. Valait-il mieux le taire ?
Quoi ! je serais lié par un dit hasardeux ?
SYLLA, d'un ton net.
Non, mais notre captif appartient à tous deux... Si tu fais aisément bon marché de ta gloire, Un autre peut juger qu'elle est moins illusoire. Enfin, tu le sais bien, la foule aime l'éclat ; Il serait fou de la priver d'un tel appât, Car le peuple apprécie, en notre République, Moins un grand citoyen • qu'une fête publique. Ne te laisse donc point égarer par ton cœur Et songe à te soumettre au titre de vainqueur. Mais il est temps enfin qu'en tes mains je remette Le dernier défenseur de l'Afrique défaite.
(Sortent Sylla, et ses officiers.) MARIUS
Ah ! froid ambitieux î Je prévois et je sais Qu'il me faudra compter avec toi désormais.