‹ Marius vaincuChapitre 23 sur 41 · ACTE II · texte numérisé non relu

ACTE II

N'ai-je donc tant lutté que pour voir ma patrie Par la çuerre civile honteusement meurtrie, Et le passé de Rome arrivant à cela, De montrer Marius dressé contre Sylla.

BASILLUS

Ainsi que toi, j'éprouve une peine profonde

A voir ces deux hommes si grands donner au monde

Le spectacle de leur triste rivalité.

Sylla pourtant combat pour la légalité,

Conviens-en. Tandis que Marius au contraire,

S'emparant des pouvoirs par un acte arbitraire

RUTILIUS

Ne poursuis pas, ami. Si pour un œil plus froid Ton chef paraît avoir l'apparence du droit. Leur double ambition n.'en est pas moins flétrie Par celui qui ressent les maux de sa patrie. Le prétexte lég-al, même chez les plus g-rands. Sert parfois à masquer des buts moins honorants. Plus ancien que tu n'es, j'ai plus de clairvoyance, Et je dois à mon âge un peu d'expérience.

BASILLUS

Si tels sont tes pensers, je ne te comprends plus. Tu blâmes sa conduite et tu sers Marius ?

RUTILIUS

Oui, car je suis soldat avant tout. Ving-t années J'ai suivi Marius avec ses destinées.

Près de lui j'ai foulé l'Afràjue au sol brûlant

Et soumis à nos lois le Numide insolent.

Sous ses ordres, plus tard, animant nos cohortes,

J'ai défait le Teuton qui g^rondait à nos portes.

Et j'ai vu se lever le glorieux soleil

Eclairant le charnier des Cimbres à Verceil.

Tant de périls communs, tant de noble fatigue

Font qu'on s'attache à l'homme auquel on les prodigue.

Quel que soit le parti ([u'il prétende choisir.

Soldat, j'ai pour devoir avant tout d'obéir;

Et j'oublie, en osant en lui critiquer l'homme.

Que Marins consul a deux fois sauvé Rome.

BASILLUS

Ne t'étonne donc plus si dans un tel moment

J'éprouve pour mon chef le même sentiment.

Si Marins délivra Rome des Rarbares,

Sylla n'a pas montré des qualités moins rares.

Lui qui la sauva de ses pires ennemis,

Tous ces Italiens à son joug- insoumis

Qui, fomentant contre elle une guerre intestine,

Abreuvèrent de sang notre terre latine.

RUTILIUS

Cessons de disputer sur d'aussi vains propos.. Soldats, nous admirons chacun nos g-énéraux. Mais puisqu'autant que moi ton noble cœur déplore L'erreur de deux héros que la rage dévore.

Page 1