‹ Marius vaincuChapitre 38 sur 41 · SCENE IV · texte numérisé non relu

SCENE IV

Les précédents, SEXTILIUS, légionnaires SEXTILIUS, saisissant le bras d'Oxyntas.

Cet homme m'appartient, nous recherchons sa trace.

OXYNTAS

C'est Marins consul, et je ven^e ma race.

SEXTILIUS

Qui donc es-tu pour oser un tel attentat ?

OXYNTAS

Oui je suis ? Le dernier des fils de Jugurtha. M'oserez-vous frustrer, vous, du droit légitime De satisfaire enfin l'ombre de la victime.

SEXTILIUS

Quel étrange retour !

(A Marius).

Des exprès promptement Ont signalé ta fuite et ton débarquement.

Tu connais de Sylla la volonté formelle : Ordre de prendre et de mettre à mort le rebelle. Apprête toi donc. Voici l'instant, Marins.

MARIUS

Est-ce toi que jentends, mon cher Sextilius?

Quoi ! le destin m"abat, me traque et me lapide ;

Et loi qui débutas jadis sous mon égide,

Toi mon bon lieutenant, toi que je fis nommer

Préfet de ce pays, tu me viens confirmer

La sentence de mort? Ha ! l'ironie est belle.

C'est bien à toi qu'il sied de m'appeler rebelle.

SEXTILIUS

Je ne puis oublier tout ce que je te dois. Mais mon premier devoir est d'obéir aux lois. Il est cruel pour moi que le sort me choisisse. Mais t' épargner serait me faire ton complice.

MARIUS

Malheureux ! crois-tu donc obéir au devoir ? Tu flattes les décrets infâmes du pouvoir. Sylla, l'ignores-tu, dans sa rage néfaste Défend moins son pays qu'il ne venge sa caste. Son féroce appétit ne connaît plus de frein Et traite en ennemi de l'ordre ceux qu'il craint. C'est ainsi qu'alléguant ma lutte criminelle, Il assouvit sur moi sa haine personnelle.

SEXTILIUS

Dussé-je en ressentir les plus âpres regrets, Il ne m'appartient point de juger ses décrets.

MARIUS

Quand le lion fléchit, le chacal vient le mordre. Cœur vil et fourbe, allons, ose donner ton ordre : Frappe ton général, ton maître, ton ami.

SEXTILIUS

Soldats, au nom de Rome, emparez-vous de lui.

MARIUS, d'une voix forte

Soldats, deux mots ! C'est Marins que l'on me nomme. Connaissez- vous ce nom ? j'ai sauvé deux fois Rome. Partout j'ai fait triompher l'étendard romain. Sur Marins vaincu porterez-vous la main? Pour satisfaire à d'ambitieuses alarmes Oserez-vous frapper un vieux soldat sans armes. Un fils du peuple, dont le renom glorieux N'est dû qu'à sa valeur et non à ses aïeux. Car je suis plébéien, nul de vous ne l'ignore ; Je fus des vôtres, moi, toujours, et m'en honore. Car la plèbe sait bien reconnaître les siens. Voilà mon crime aux yeux de ces patriciens. Et si l'on met à prix, soldats, ma tête grise, C'est qu'avec moi mourrait tout espoir de reprise Pour le peuple, qui n'a que moi pour défenseur.

Et maintenant frappez, aidez votre oppresseur. Frappez, mes amis, voici ma poitrine nue.

SEXTILIUS

Ou'attendez-vous, frappez !

Les soldats restent immobiles. Sextilius les harcèle de gestes énergiques. Sous ses injonctions les légionnaires se décident à se rapprocher de Marius.

MARIUS, s'adressant au groupe des vétérans

Mainte tête connue M'apparaîl parmi vous. Je ne me trompe pas : Enna, c'est toi ; c'est toi Lepidus, toi Scopas, Et te voici, Priscus. Vous souvient-il, mes braves, Comme nous balayâmes ces troupeaux d'esclaves Aux jours désormais fameux d'Aix et de Verceil? Ah ! j'étais dur. Je vous laissais peu de sommeil. Pour vous distraire, en g-uise de fait militaire, Vous creusiez des fossés et portiez de la terre. Et par dérision ces barbare velus Vous surnommèrent les mulets de Marius

(Rires des vétérans).

Mais les mulets ruèrent d'une telle sorte Que Cimbres et Teutons repassèrent la porte. Ah! les lauriers des chefs! Nous seuls, les généraux, Savons qu'ils sont tressés par vous, obscurs héros. Nous seuls savons vos noms, négligés par l'histoire. Or voici donc qu'après tant de commune gloire, O mes chers vétérans, je vous retrouve ici

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