‹ Marius vaincuChapitre 5 sur 41 · SCENE I · texte numérisé non relu

SCENE I

MARIUS, SEXTILIUS, RUTILIUS.

MARIUS, sortant de sa tente.

Salut à toi, Rutilius Rufus. Salut, Sextilius. Vous me voyez irrésolu.

Pour avoir vos avis, j'ordonnai qu'on vous mande, Eclairez-moi sur ce que l'instant nous commande. Voici bientôt un an que le peuple romain, Croyant à ma valeur, a remis en ma main Le sort de cette guerre interminable et dure. J'avais promis de vaincre. El la guerre qui dure, Encourage au Sénat chaque jour un peu plus Mes ennemis groupés autour de Metellus, Laissant ainsi le champ à leurs manœuvres viles. En vain j'ai pris Thala, Capsa, vingt autres villes,

Kome, vous le savez, ne croit qu'au résultat.

Tant que je n'aurai point ramené Jug^urtha

(laptif et désarmé, succombant sous les chaînes,

.le n'irn|K>seral point le silence à leurs haines.

L'ori^ueil patricien, "vivacc et méprisant,

Ne saurait pardonner au fils d'un paysan

D'avoir, par cela seul qu'il est intègre et brave,

Obtenu les faisceaux et ceint le laticlave.

Donc l'instant est venu, par un grand coup d'éclat

D'illustrer à jamais mon premier consulat.

Il me faut Jugurtha. C'est chose décidée.

Mais je veux sur ce point connaître votre idée.

Parle, Rutilius. Je sais que ton esprit

Ne propose jamais qu'un dessein bien mûri.

Comment s'emparer de cet homme insaisissable '?

RUTILIUS

Dussent nos légions s'abîmer sous le sable

Du désert africain où Jugurtha nous fuit.

J'estime, ô Marius, qu'il nous faut, jour et nuit,

Sans trêve le poursuivre, au lieu que de l'attendre

Ainsi que nous faisons. Il est vain de prétendre

Lui livrer un combat qu'il évite toujours.

Et nous' consumerions le reste de nos jours

Dans une inaction énervante et sans gloire

A provoquer qui nous refuse la victoire.

Or, Jugurtha, dit-on, s'est depuis peu de temps

Réfugié parmi les peuples Maurjtans,

Chez BoQchus, son beau-père, où l'on lui donne asile.

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