ACTE PREMIER
Sylla, depuis trois jours, sans que nul s.'en doutât, S'est rendu chez Bocchus...
MARIUS
Achève... Jugurtha?
SEXTILIUS
Il le ramène au camp, prisonnier et sans armes.
MARIUS
Par les dieux ! Dis-tu vrai ?
NERBALA
Coulez, coulez mes larmes.
SEXTILIUS
Ses cavaliers sont là, le précédant. D'ailleurs Tu vas bientôt voir le captif. Mais ces clameurs, Ce succès pour Sylla ! la rage me pénètre. Nous sommes bien joués.
MARIUS
Oui, c'est un coup de maître.
Mais sais-tu quels moyens ? . . .
SEXTILIUS
Par Mercure, les bons !
Ceux que j'ai proposés : les menaces, les dons. Les promesses sans doute. Enfin ce qu'il faut faire Pour réussir toujours en ce genre d'affaire. Ah! Sylla, ton questeur, ira loin.
32 MARUTS VAINCU
MARIUS
Je le crois.
C'est bien. J'aviserai.
(Sort Sextilius).
(A Nerbala).
Du trouble où je te vois Quelle est la raison? Parle, mais fais dilig-ence.
NERBALA
Je suis reine et je viens implorer ta clémence.
MARIUS
L'instant est mal choisi pour un pareil débat.
NERBALA
Apprends donc que je suis femme de Jugurtha. Oui, co prince, fuyant les lég-ions romaines. Vint chercher tout d'abord asile en mes domaines. Je le vis, et, j'aimai ce héros indompté Oui décimé, réduit à toute extrémité Et perdant chaque jour un lambeau de royaume. Osait lutter encore, et tenir tête à Rome. Ce fut ma perte, hélas ! Cédant à mes amours Je ne sus point à temps refuser mon concours. Mes Gétules alors, soutenant sa rancune. Connurent à leur tour la honte et l'infortune. Car il était écrit, quelque effort qu'il tentât, Que le ciel désormais condamnait Jugurtha. Enfin Bocchus le livre, et Bocchus est mon père ! Et ce n'est plus qu'en toi. Marins, que j'espère.