SCÈNE V. — ANGÉLIQUE, LISETTE, LUBIN, éloigné
Lisette. — Vous avez furieusement maltraité Dorante !
3o6 MARIVAUX MORALISTE
ANGÉLIQUE. — Oui ; vous avez raison, j'en suis fâchée; mais laissez-moi, car je suis outrée contre vous.
Lisette. — Vous savez si je le mérite.
Angélique. — C'est vous qui êtes cause que je me suis accoutumée à le voir.
Lisette. — Je n'avais pas dessein de vous rendre un mauvais service, et cette aventure-ci n'est triste que pour lui. Avez-vous pris garde à l'état où il est ? C'est un homme au désespoir.
Angélique. — Je n'y saurais que faire, pourquoi s'en va-t-il?
Lisette. — C'est aisé à dire à qui ne se soucie pas de lui ; mais vous savez avec quelle tendresse il vous aime.
Angélique. — Et vous prétendez que je ne m'en soucie pas, moi? Que vous êtes méchante !
Lisette. — Que voulez-vous que j'en croie ? Je vous vois tranquille, et il versait des larmes en s'en allant.
ANGÉLIQUE. Lui ?
Lisette. — Eh ! sans doute.
Angélique. — Et malgré cela, il part !
lisette. — Eh! vous l'avez congédié. Quelle perte vous faites !
Angélique, après avoir rêvé. — Qu'il revienne donc, s'il y est encore ; qu'on lui parle, puisqu'il est si affligé.
lisette. — Il ne peut être qu'à l'écart dans ce
LA MÈRE CONFIDENTE 3oj
bois ; il n'a pu aller loin, accablé comme il l'était. Monsieur Dorante ! monsieur Dorante !