SCÈNE IL — LUBIN, ERGASTE
lubin. — Morgue ! je gaigne bien ma vie avec l'amour de ste jeunesse. Bon ! à l'autre. Qu'est-ce qu'il viant roder ici sti-là?
ergaste, rêveur. — Interrogeons ce paysan; il est de la maison.
lubin, chantant en se promenant. — La, la, la.
ergaste. — Bonjour, l'ami.
lubin. — Serviteur. La, la.
ergaste. — Y a-t-il longtemps que vous êtes ici?
lubin. — Il n'y a que l'horloge qui en sait le compte; moi, je n'y regarde pas.
ergaste. — Il est brusque.
lubin. — Les gens de Paris passont-ils leur chemin queuquefois? Restez-vous là, monsieur?
ergaste. — Peut-être.
lubin. — Oh ! que nanni! la civilité ne vous le parmet pas.
ergaste. — Et d'où vient ?
lubin. — C'est que vous me portez de l'incommodité. J'ons besoin de ce chemin-ci pour une confarence en cachette.
ergaste. — Je te laisserai libre ; je n'aime à gêner personne ; mais dis-moi , connais-tu un nommé M. Dorante ?
lubin. — Dorante? Oui-da.
ergaste. — 11 vient quelquefois ici, je pense, et connaît Mlle Angélique ?
lubin. — Pourquoi non? Je la connais bian, moi.
ergaste. — N'est-ce pas lui que tu attends ?
lubin. — C'est à moi à savoir ça tout seul. Si je vous disais oui, nous le saurions tous deux.
ergaste. — C'est que j'ai vu de loin un homme qui lui ressemblait.
lubin. — Eh bien ! cette ressemblance, ne faut pas que vous l'aperceviez de près, si vous êtes honnête.
ergaste. — Sans doute; mais j'ai compris d'abord qu'il était amoureux d'Angélique, et je ne me suis approché de toi que pour en être mieux instruit.
lubin. — Mieux ! Eh ! par la sambille, allez donc oublier ce que vous savez déjà. Comment instruire un homme qui est aussi savant que moi?
ergaste. — Je ne te demande plus rien.
lubin. — Voyez qu'il a de peine ! Gageons que vous savez itou qu'elle est amoureuse de li?
ergaste. — Non; mais je l'apprends.
lubin. — Oui, parce que vous le saviez; mais transportez-vous plus loin, faites-li place, et gardez le secret, monsieur; ça est de conséquence.
ergaste. — Volontiers, je te laisse. (Il sort.*)
lubin, le voyant partir. — Queu sorcier d'homme! Dame, s'il n'ignore de rin, ce n'est pas ma faute.