SCENE I — MADAME ARGANTE, LUBIN
madame argante. — Personne ne nous voit-il ?
lubin. — On ne peut pas nous voir, drès que nous ne voyons parsonne.
madame argante. — Cest qu'il me semble avoir aperçu là-bas M. Ergaste qui se promène.
lubin. — Qui? ce nouviau venu? Il n'y a pas de danger avec li ; ça ne regarde rin ; ça . dort en marchant.
madame argante. — N'importe, il faut l'éviter. Voyons ce que tu avais à me dire tantôt et que tu n'as pas eu le temps de m'achever. Est-ce quelque chose de conséquence ?
lubin. — Jarni, si c'est de conséquence ! il s'agit tant seulement que cet amoureux veut détourner voûte fille.
madame argante. — Qu'appelles-tu la détourner?
lubin. — La loger ailleurs, la changer de chambre ? v'ià c'en que c'est.
madame apgaxte. — Qu'a-t-elle répondu ?
lubin. — Il n'y a encore rien de décidé; car voûte fille a dit : « Comment, ventregué ! un
enlèvement, monsieur, avec une mère qui m'aime tant! — Bon! belle amiquié! » a dit Lisette. A oute fille a reparti que c'était une honte, qu'aile vous parlerait, vous émouverait, vous embrasserait les jambes; et pis chacun a tiré de son côté, et moi du mi an. •
madame argante. — Je saurai y mettre ordre. Dorante va-t-il se rendre ici ?
lubix. — Tatigué, s'il viendra! Je li ons donné l'ordre de la part de noute demoiselle ; il ne peut pas manquer d'être obéissant, et la chaise de poste est au bout de l'allée.
madame argaxte. — La chaise !
lubix. — Et! voirement oui! avec une dame entre deux âges, qu'il a mêmement descendue dans l'hôtellerie du village.
madame argaxte — Et pourquoi l'a-t-il amenée?
lubix. — Pour a celle fin qu'aile fasse compagnie à noute demoiselle si elle veut faire un tour dans la chaise ; et pis de là, aller souper en ville, à ce qui m'est avis, selon queuques paroles que j 'avons attrapées et qu'ils disiont tout bas.
madame argaxte. — Voilà de furieux desseins! Adieu, je m'éloigne; et surtout ne dis point à Lisette que je suis ici.
lubix. — Je vas donc courir après elle; mais faut que chacun soit content. Je sis leur commissionnaire itou à ces enfants. Quand vous arriverez, leur dirai-je que vous venez?
madame argaxte. — Tu ne leur diras pas que c'est moi, à cause de Dorante qui ne m'attendait pas; mais seulement que c'est quelqu'un qui approche. (A part.) Je ne veux pas le mettre entièrement au fait.
lubin. — Je vous entends; rien que queuqu'un, sans nommer parsonne. Je ferai voûte affaire, noute maîtresse ; enfilez le taillis, stapendant que je reste pour la manigance.