‹ Marivaux, sa vie et ses œuvres, d'apres de nouveaux documents (volume 2)Chapitre 10 sur 345 · Edouard Eournier m'avait devancé. Dans une notice pour · texte numérisé non relu

Edouard Eournier m'avait devancé. Dans une notice pour

ORIGINE DE MARIVAUX. il

suis pas proposé de tirer de cette enquête un travail purement biographique, mais plutôt, en remontant toujours aux sources, en utilisant, outre les résultats de mes recherches personnelles, les renseignements déjà connus, et aussi en me servant de plusieurs passages rarement cités des œuvres de Marivaux lui-même, de restituer la physionomie vraie de l'homme avant d'aborder l'étude de l'écrivain. Je chercherai moins à énumérer, par ordre chronologique, les menus faits de son existence, qu'à le replacer dans son milieu et à expliquer son caractère pour mieux comprendre ses écrits. Peu d'auteurs ont laissé dans leurs œuvres plus profondément que lui l'empreinte de leur temps, de leurs goûts, du milieu où ils ont vécu.

Pierre Carlet de Chamblain de Marivaux naquit à Paris, sur la paroisse Saint-Gervais, le 4 février 1G88 ', d'un père originaire de Normandie, et qui, peu après la naissance de son fils, fut nommé directeur de la Monnaie de Riom, puis passa à Limoges, où il y avait aussi un Hôtel des monnaies, mais on ne sait

l'édition du Théâtre complet de .Marivaux, publiée en 1878 par la librairie Laplace et Sanchez, il a beaucoup ajouté à l'histoire des œuvres et de l'écrivain. 11 c'a pas tout dit, et ses recherches portent la marque d'une certaine précipitation; mais son travail n'en fut pas moins très original et très neuf en son temps.

1. C'esl Jules Ravenel qui a relevé le premier la date exacte de la naissance de .Marivaux, dans une liste de Parisiens illu>tres, insérée à la page 50 de l' Annuaire de la Société de l'histoire (h' France pour 1839. J'aurais voulu pouvoir donner l'acte de baptême, mais il a été brûlé dans l'incendie des archives de l'Hôtel de Ville, en mai 1871, el il n'j a pas trace du nom de notre auteur dans les registres de l'étal civil reconstitué. Je n'ai rien trouvé sur sa Famille dans les archive- de l'église Saint-Gervais, où l'un voil cependant un plan de la première moitié Mu wiii siècle, donnant L'indication nominative de- plac !s réservées dans l'église a diverses familles notables de la paroisse.

trop en quelle qualité1. Ceux qui aiment à rechercher dans les origines d'un écrivain l'influence exercée sur la nature de son talent par les qualités ou les défauts de sa race, trouveraient peut-être, dans le lien qui rattache Marivaux à la Normandie, une des causes indirectes de son goût pour les distinctions subtiles en matière de sentiment et les finesses de dialectique amoureuse. Ils verraient, dans les qualités et les défauts que l'on prête d'habitude aux Normands, quelques-uns des traits dont il a peint ses valets paysans, rusés sous une apparence niaise et peu scrupuleux en fait de gain.

Deux de ses plus anciens biographes nous disent, un peu au hasard ce semble, que son père « ne négligea rien pour faire donner à son fds une belle éducation 2 », sans s'étendre davantage sur ses premières années et ses premières études. Ce que nous

1. De La Porte, Préface de 1765, p. G. — C'est à Riom que Marivaux fut élevé, et ses contemporains crurent longtemps qu'il y était né; ainsi Voisenon (Œuvres complètes, 1781, t. IV, p. 89). Malgré l'obligeant concours de MM. Garraud, bibliothécaire de Riom, Groussard, professeur au lycée de Limoges, et Guibert, membre de la Société archéologique du Limousin, je n'ai pu trouver aucun renseignement sur le séjour de Marivaux et de sa famille dans les deux villes. Au cours d'une conversation rapportée par La Place (Pièces intéressantes pour servir à l'histoire, 1785-1790, t. II, p. 357 et suiv.), Marivaux dit lui-même : « Né à Paris, d'une famille honnête, mon père, ci-devant directeur de la Monnaie de Riom.... » Le titre donné par Marivaux à son père rend improbables les fonctions de directeur de la Monnaie de Limoges, sans que, du reste, comme on va le voir, il y ait à mettre en doute le séjour du père et du fils dans cette dernière ville.

2. Lesbros (p. 7), d'après de La Porte (p. 6). Suivant ce dernier, le jeune Pierre de Marivaux « annonça de bonne heure, par des progrès rapides dans ses premières études, cette finesse d'esprit qui caractérise ses ouvrages. » D'Alembert prétend au contraire (p. 578), d'après le Nécrologe de 1764 (p. 4), que l'histoire de ses premières études n'est « ni longue ni brillante ».

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