‹ Marivaux, sa vie et ses œuvres, d'apres de nouveaux documents (volume 2)Chapitre 106 sur 345 · Avertissement en tète des Serments indiscrets · texte numérisé non relu

Avertissement en tète des Serments indiscrets

langage et de ses actions. Mais ce monde est celui de la Régence; n'y a-t-il point là un danger pour la morale? Le peintre sera vrai avec décence; il ne lui viendra dans l'esprit « ni rien de malin, ni rien de trop libre », car il « hait tout ce qui s'écarte des bonnes mœurs ' ».

Telles sont, en résumé, les théories littéraires de Marivaux : observer à sa manière, le mieux qu'il pourra, suivant la direction naturelle de son coup d'oeil. Mais, ainsi réduit à ses seules forces, ne va-t-il point se tromper? Il en court volontiers le risque. On l'accusera peut-être d'être « singulier », comme il disait tout à l'heure; il en prend aisément son parti, non sans un peu de suffisance : « Avecce génie-là, on est nécessairement singulier, et d'un singulier très rare \ »

Il est naturel que cette tendance à l'observation directe, que ce désir de découvrir le vrai sous les apparences qui le voilent, s'unissent à une rare clairvoyance, à une singulière aptitude pour démêler les infiniment petits de l'esprit et du coeur. Nus qualités, en effet, naissent les unes des autres. De là. chez Marivaux, le goût de l'analyse, le besoin de philosopher sur les menues lois de la raison et du sentiment. Or, ce curieux d'analyse et de philosophie est un homme aimable et bon, indulgent aux faiblesses de notre nature, sans amertume ni parti-pris de dénigrement. Il est aussi causeur spirituel; il aime la raillerie délicate, les plaisirs de l'esprit qui font le charme d'une société raffinée, où les sentiments, plus vifs que passionnés, sans exagération ni violence, se revêtent de grâce délicate et d'ingénieuse

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