Voir ci-après, lre partie, chap. iv
2. Voir sur le goûl précieux, sa lutte constante, dans notre pays, avec l'espril u.r.i 1 1 1> >i~. 1rs mérites el les défauts de chacun d'eux, et leur Fusion chez les grands écrivains, la théorie ingénieuse de M. F. Brunetière dan- srs Nouvelles études critiques sur l'histoire de la Littérature française, 1882, p. i'I.
cité facile et piquante qui manquait encore à l'hôtel de Rambouillet, embarrassé dans la longue phrase périodique et symétrique, gracieux avec effort, un peu pédant '.
Il est probable, comme on l'a vu, que Marivaux n'avait fait que de médiocres études; ce qu'il n'avait pas appris durant sa jeunesse, il l'apprit dans ce milieu raffiné, qui fut pour lui le meilleur des livres. Les idées les plus diverses y jaillissaient, abondantes et vives, dans ces conversations de chaque soir, tour à tour sérieuses et légères, où le goût s'épurait sans effort par un exercice continuel, où l'art d'observer s'apprenait par la force des choses, où l'on s'efforçait de tout comprendre, de tout deviner, où la science se faisait aimable, la philosophie accessible, où, grâce à la présence des femmes, les thèses les plus graves étaient discutées sans pédantisme et les plus redoutables problèmes résolus en souriant.
Tout cela n'allait pas sans beaucoup de légèreté, mais l'impertinence piquante, le persiflage suffisant du cercle de Fontenelle, étaient, aussi bien que l'audace de l'esprit et la générosité des aspirations, la marque du siècle. Marivaux trouvait là, en bien et en mal, ce qui convenait le mieux à la nature de son esprit et devait en favoriser le développement. L'impression qu'il y éprouva en arrivant dut être
1. Taine, croyons-nous, est un des premiers qui aient fait cette remarque : « L'esprit, dit-il, est venu tard au xvne siècle. Du temps de la Bruyère (1687), et de l'aveu de la Bruyère, il avait seulement quelques années de date. Et en vérité, il ne fit que visiter les contemporains de Louis XIV. Son domaine n'était point là. Il trouvait la gravité, les convenances impatronisées à sa place. Il attendit et fit bien. Ce xvmc siècle, tant méprisé, •< ces poupées charmantes, musquées et poudrées », Voltaire et Montesquieu le recueillirent. A l'hôtel de Rambouillet on dissertait; chez Mme d'Epinay, on sut causer. » (Les Philosophes classiques du xixG siècle, p. 109.)