Ibid., scène xvni
MARIVAUX ET ARISTOPHANE. 2o7
une terrible réalité, où les femmes, moins faciles à effrayer, ouvriraient des clubs, et marcheraient en milice hurlante, avec des têtes coupées au bout de leurs piques, au son du tambour de Maillard; de ce tambour qui bat pour la première fois, et très innocemment, dans la Nouvelle Colonie. Il jouait une fois de plus avec des idées que la Révolution devait traduire en actes terribles.
Il ne se doutait pas davantage qu'il reprenait une situation traitée deux mille ans auparavant par Aristophane. Quoique la Nouvelle Colonie soit une mince idylle à côté de Lysistrata, il y a de frappantes analogies entre les deux pièces. On dirait, en comparant Aristophane et Marivaux, une bacchanale apaisée, épurée, et traduite par Watteau d'un pinceau élégant. Telle scène du second semble calquée sur le premier, ainsi la prestation de serment de Mme Sorbin et d'Arthénice sur celle de Calonice et de Lysistrata !, la dispute d'Arthénice et d'Hermocrate sur celle de Lysistrata avec le magistrat qu'elle met en déroute3. Cependant, il est presque impossible que Marivaux ait connu Aristophane; il ne savait pas le grec, et, en 1729, lorsqu'il composa la Colonie, il n'y avait encore dans notre langue aucune traduction complète d'Aristophane : le Théâtre des Grecs du P. Brumoy, ne parut que l'année suivante.
Les trois pièces que l'on vient de voir nous avaient fait quitter le monde de fantaisie où se passent