L AMBASSADEUR
Doucement, vous ne savez à qui vous parlez.
LÉLIO
Je sais qui je suis; en voilà assez.
l'ambassadeur
Laissez-Là ce que vous êtes; et soyez sûr que vous me devez respect.
LÉLIO
Soit, et moi je n'ai, si vous le voulez, que mon cœur pour tout avantage; mais les égards que L'on doit à la seule vertu sont aussi légitimes que le respect que Ton doit aux princes; et fussiez-vous le roi de Castille même, si vous êtes généreux, vous ne sauriez penser autrement. Je ne vous ai poittl manqué de respect, supposé que je vous en doive; mais les sentiments que je vous montre depuis que je vous parle méritaient de votre part plus d'attention que vous ne leur en avez donné. Cependant, je continuerai à vous respecter, puisque vous dites qu'il le faut, sans pourtant en examiner moins si le mariage dont il s'agit est vraiment convenable '.
Dans ce langage, vraiment digne de deux rois. Marivaux, qui n'avait su faire parler ni Flaminius, ni Annibal, prend ici sa revanche, et, sans forcer le ton, atteint la grandeur tragique. Il y a bien quelques faiblesses dans cette longue scène; L'expression n'a pas toujours assez de relief et de concision; mais l'ensemble est de grande allure, el L'élan, ce que Sainte-Beuve appelle « Le coup de collier chevaleresque i », emporte ces tirades, anime ces répliques, parfois vibrantes etsonores comme des chocs d'épées.