Nouveaux Lundis, t. VIL p
Cependant la princesse, de plus en plus étonnée de l'embarras d'Hortense et blessée de la froideur de Lélio, soupçonne enfin leur amour; une lettre qu'elle fait remettre à Hortense comme venant de Lélio ne lui laisse bientôt aucun doute. On devine sa fureur; Hortense, menacée par elle, pousse un cri de désespoir : « Arrêtez un moment, Madame, je suis moins coupable que vous ne pensez.... Elle fuit.... Elle ne m'écoute point. Cher prince, qu'allez-vous devenir?... Je me meurs! c'est moi, c'est mon amour qui vous perd! Mon amour! ah! juste ciel! mon sort sera-t-il de vous faire périr l? » Ce n'est pas à elle-même qu'elle songe, mais à Lélio, qui a reçu tout à l'heure l'aveu, exprimé avec une éloquence déchirante, de sa passion et de ses angoisses 2.
Au point où en est arrivée l'émotion, il semble qu'elle ne puisse plus grandir, et l'on se demande comment se soutiendra l'intérêt si vivement excité. A vrai dire, Marivaux trompe un peu notre attente; le troisième acte est faible auprès des deux premiers; on le trouverait même vide, sans le développement des intrigues impuissantes de Frédéric 3, et une très belle scène dans laquelle Hortense défend Lélio contre la haine basse du courtisan 4. Heureusement la princesse est digne de son rang : après un moment donné à des projets de vengeance, elle renonce à un amour qui n'est point partagé; elle consent à épouser le prince de Castille.
Telle est la pièce que je rangeais tout à l'heure parmi les chefs-d'œuvre de Marivaux. Sans disparate, sans discordance, il y a groupé tous les éléments de