Causeries du Lundi, t. IX, p
douleur, elle m'est mille fois plus chère que tous les plaisirs du monde.
LE MARQUIS
Non, Madame, j'ai changé d'avis, dispensez-moi de parler. Mon ami, s'il pouvait savoir ce qui se passe, approuverai! lui-même ma discrétion.
LA MARQUISE
D'où vient donc, Monsieur? quel motif avez-vous de me cacher le reste?
LE MARQUIS Ce que vous voulez savoir n'est que pour une épouse qui serait restée veuve, Madame ; le marquis ne l'a adressé qu'à un cœur qui se serait conservé pour lui.
LA MARQUISE
AU: Monsieur, comment avez-vous le courage de me tenir ce discours, dans l'attendrissement où vous me voyez? Que pouvait-il lui-même me reprocher, le marquis? Je le pleure depuis que je l'ai perdu et je le pleurerai toute ma vie!
LE MARQUIS
Vous aile/, cependant donner votre main à un autre,
Madame, et ce n'est point à moi à y trouver à redire; mais je ne -aurais m'empêcher d'être sensible à la consternation où il serait lui-même.... Son épouse est prête à se marier1 Ce n'est pas un crime, et cependant il en mourrait. Madame : « Je finis ma vie dan- le- pin- grands malheurs, me disait-il : mais mon cœur a joui d'un bien qui les a tous adoucis : c'est la certitude où je suis que la marquise n'aimera jamais que moi. Et cependant il se trompait. Madame, et mon amitié en gémit pour lui.
LA MARQUISE
Hélas! Monsieur, j'aime votre sensibilité et je la respecte; mai- vous n'êtes pas instruit. C'est l'ami de mon mari même que je vais prendre pour juge. Ne vous imaginez pas que mon cœur soit coupable; que le vôtre ne gémisse point : le mai qui- ne -'est point trompé!
LE MARQUIS
il e-t question d'un mariage, Madame, et suivant toute apparence von- ne vous marie/ point sans amour.