‹ Marivaux, sa vie et ses œuvres, d'apres de nouveaux documents (volume 2)Chapitre 20 sur 345 · Notice, p · texte numérisé non relu

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incohérentes une courte boutade qui lui échappait vers la même époque, sous forme de brochure, le Triomphe du Bilboquet. A propos d'un rien, d'un engouement passager de la mode, il trouvait matière à morale mondaine. Comme au xvie siècle, le bilboquet se voyait partout, dans les salons aux mains des dames, sur le théâtre aux mains des actrices, qui, sans souci de la situation, s'en amusaient en attendant la réplique '. Marivaux protestait, au nom de Y esprit, de Yamour et de la raison, contre cet intrus qui menaçait de mettre en fuite causeurs et spectateurs 2.

Vers la même époque, il entrait au Nouveau Mercure, qui, sous la direction de l'abbé Bûche t, soutenait, au nom des Modernes, le plus fort de la lutte contre les Anciens, et, dans une série d'articles dont il reprendra plus tard la forme et l'idée dans son Spectateur français, il faisait son apprentissage d'observateur avec une sûreté de coup d'œil et une finesse de raillerie qui furent vite remarquées. Cette fois, il ne tâtonne plus; Marivaux est tout entier dans ces élégantes satires des conditions sociales et des petits travers du temps, cette minutieuse étude des apparences diverses de la vanité, cette analyse pénétrante des petits mystères du coeur féminin.

Ici encore, comme dans ses précédents ouvrages, Marivaux garde l'anonyme, mais sa manière est trop

1. « Ce jeu monta jusque sur le théâtre, et j'ai vu Mlle Desmares s'en amuser au milieu de ses rôles de suivante, au grand contentement du parterre. » (Sablier, Variétés amusantes et sérieuses, 1764, t. III, p. 351.)

2. Je n'ai pu trouver ce Triomphe du Bilboquet ou la Défaite de l'Esprit, de l'Amour et de la Raison, mentionné par Quérard (la France littéraire), dans aucune des bibliothèques de Paris, et il n'est pas sûr que Quérard lui-même l'ait eu entre les mains. Cependant, il fut publié, car il se trouve, avec indication du prix, sur des catalogues du temps.

originale pour ne point frapper les lecteurs. On demande qui est Fauteur de ces réflexions sur le peuple, les beaux esprits, les gens de qualité. Un nouveau Théophraste, répond le Mercure '. Aussitôt Marivaux de protester contre ce titre; non peut-être comme trop ambitieux, mais parce qu'il prétend n'imiter personne, surtout ces Anciens dont le seul nom éveille aussitôt un respect superstitieux. « Quand on aurait à présent, dit-il, autant de génie que les hommes de cet ordre, on n'irait jamais jusqu'à gagner leur nom ou la valeur de l'idée qu'on a d'eux. C'en est fait, ils ont moissonné dans l'esprit des hommes le plus beau de l'estime qu'il peut donner là-dessus, et l'on n'y fait plus que glaner 2 : moi, qui n'y prétends rien, moi qui n'y peux rien prétendre, moi, dont tous les petits ouvrages sont nés du caprice,... je me trouverais chargé ainsi du poids d'un nom qui compromettrait avec le public le peu que j'ai de force 3. » Dès lors, les articles de Marivaux parurent avec son nom, après cette déclaration de l'auteur du Mercure : « De mon autorité privée, j'avais imposé le

1. Septembre 1717. — Entête d'un second article de Marivaux, sur les Bourgeois, le Mercure insérait une note où il disait: « Après avoir peint assez naturellement, le mois dernier, le caractère du peuple de Paris, on ne sera peut-être pas fâché que le nouveau Théophraste essaye de donner quelques coups de crayon sur les mœurs bourgeoises. Si le premier chapitre a eu des approbateurs de goût, pour les traits de vivacité et de génie qu'ils y ont remarqués, il faut espérer que le second n'en aura pas moins : cette matière en promet beaucoup. »

2. On reconnaît ici une pensée fameuse el jusqu'aux «'xpressions de La Bruyère, que .Marivaux aimait fort (voir ci-après, 4e partie, cliap. v) : « Tout est dit, el l'on vienl trop tard depuis plus de sept mille ans qu'il y a des hommes, et qui pensent. Sur ce qui concerne les mœurs, le plus beau et le meilleur est enlevé; l'on ne fait que glaner après les anciens et les habiles d'entre les modernes. ■ (Des Ouvrages de l'Esprit, .: î.i

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