JACOB
de scrupules l'argent de la soubrette Geneviève, « argent peu chrétien, dit-il, puisqu'il était le prix des faveurs accordées par Geneviève à mon maître », mais, ajoute-t-il avec une grande facilité de résignation, « mes principes de probité étaient encore fort courts, et, du reste, ce petit gain me profita beaucoup, car je m'en servis pour apprendre l'écriture et l'arithmétique, avec quoi en partie je suis parvenu dans la suite ' ». Plus tard, distingué par Mme de Ferval, il reçoit d'elle une bourse assez ronde « pour payer les carrosses » qui doivent le conduire à leurs rendez-vous : va-t-il seulement se sentir humilié, résister pour la forme? Nullement; il en est « gonflé d'amour-propre et tout ébloui de son mérite ». Une vieille demoiselle le remarque; elle a quatre mille livres de rente : Jacob l'épouse. Ceci, à la rigueur, est un procédé pour lequel le jugement public n'a jamais été bien sévère. Mais l'argent reçu de Mme de Ferval? Cependant, tels sont l'entrain de Jacob et sa tranquillité d'esprit, il trouve luimême de telles aubaines si naturelles qu'on est plus sévère pour son temps que pour lui.
D'autant plus qu'il est, en bien des cas, franchement sympathique et meilleur que son entourage; il accomplit des actes méritoires avec autant de simplicité que les vilenies de tout à l'heure. Un lînancier vient de lui promettre une place lucrative, mais Jacob apprend qu'elle est enlevée à un employé malade, c'est le pain d'une famille; il la refuse aussitôt, sans hésiter, sur cette réflexion : « Si j'étais à sa place, je serais bien aise qu'on en usât envers moi comme j'en use envers lui 2. » Y a-t-il beaucoup