Paméla, Journal. Mercredi matin, t. III. p
entendait la morale dans le roman comme il convient de l'entendre en littérature : il voulait qu'elle ressortît d'elle-même du récit, sans être accusée ni imposée. Richardson la met toujours en lumière; avec lui, le lecteur ne saurait échapper au sermon l. Si Marianne a provoqué Paméla, il serait difficile d'attribuer le même honneur à l'autre roman de Marivaux, le Paysan parvenu. Il s'en faut de beaucoup, en effet, que le héros de celui-ci, Jacob, ait la délicatesse originelle et l'élévation morale de Marianne. Fils d'un paysan de Champagne, il a les défauts comme les qualités du paysan : la ruse, l'àpreté au gain, la moralité primitive, avec la patience, le solide bon sens, l'énergie. Il arrive à Paris, sans autre fortune qu'une jolie figure et un grand désir de parvenir : nous le voyons débuter laquais; nous le quittons en passe de devenir fermier général. Pour franchir l'abîme qui sépare ces deux conditions, il n'a qu'à se laisser faire : les femmes se chargent de sa fortune et par elles, en effet, il arrive à tout. Il y a là une donnée bien scabreuse ; la vénalité de l'amour chez l'homme est aujourd'hui un vice très sévèrement jugé, surtout lorsque l'amour, ainsi que chez Jacob, n'est qu'une comédie. Le naïf paysan commet quelques petites infamies : chez le financier qu'il sert en arrivant à Paris, il reçoit sans trop
1. Le titre seul de Paméla est tout un programme et fait sourire. Le voici, traduit par Taine (t. IV, p. 102) : « Paméla ou la vertu récompensée, suite de lettres familières, écrites par une belle jeune personne à ses parents, et publiées afin de cultiver les principes de la vertu et de la religion dans les esprits des jeunes gens des deux sexes : ouvrage qui a un fondement vrai, et qui, en même temps qu'il entretient agréablement l'esprit par une variété d'incidents curieux et touchants, est entièrement purgé de toutes ces images qui, dans trop d'écrits composés pour le simple amusement, tendent à enflammer le cœur au lieu de l'instruire. »