Tom Jones, livre XIII, chap. ix, t. Il, p
ni rude; il est parfois vulgaire, il n'est jamais « populacier » ni grotesque; ce laquais, fils de paysan, est un parfait gentilhomme en comparaison des personnages de Fielding. Ceux-ci, robustes et comme poussés par leur tempérament , crient et gesticulent, aiment la grosse plaisanterie, mangent et boivent à l'excès, se battent, roulent à travers les basses aventures. Et cependant, dans ces débauches d'action, la morale trouve son compte comme dans les aventures distinguées des personnages de Marivaux. Fielding se moque du ton prêcheur de Richardson et de son emphase, mais il instruit lui aussi et moralise à sa manière : seulement, au lieu de prendre les choses au tragique, il les tourne au comique; Richardson donnait ses préceptes d'un ton sérieux, Fielding lance les siens comme des boutades, avec un gros rire, mais avec les mêmes intentions l. En cela, il se rapproche de Marivaux et lui ressemble plus qu'à Richardson : distinction et bon goût à part, c'est le procédé de la Vie de Marianne, où les exemples ne s'affichent jamais, où la vertu s'efforce d'être aimable et la morale riante.
Au fond l'imitation de Marivaux par Richardson et Fielding, ou plutôt l'emploi par ceux-ci du même procédé que le romancier français — l'analyse psychologique et morale appliquée au roman — s'explique par les mêmes raisons pour tous deux : le caractère de la nation à laquelle ils appartenaient et le moment où ils parurent l'un et l'autre. Le caractère anglais est sérieux et pratique, profondément moral; quelle que puisse être chez la race anglo-saxonne la brutalité du tempérament, le besoin de la règle morale
1. Voir H. Taine. Histoire de la Littérature anglaise, t. IV, p. 134.