MARIVAUX ET LES ROMANCIERS ANGLAIS
est dans tous les esprits '. Si des œuvres de pure imagination ou immorales de parti pris se produisent en Angleterre, ce n'est qu'à l'état d'exception; elles peuvent naître de la corruption d'un homme ou d'une époque; elles ne sont pas les manifestations vraies du génie national. Au xvne siècle, la Restauration avait développé, avec le goût de l'élégance mondaine, tous les vices de cour; la licence des mœurs, l'incrédulité, le scepticisme moral avaient bientôt succédé à l'austérité puritaine; les tristes mœurs du temps se peignaient dans les livres de Butler et de Wïcherley. Lorsque, au siècle suivant, le caractère national, dévoyé et lassé, réagit enfin, la littérature tout entière concourt à réformer les mœurs. Le roman renonce donc à la fiction sans autre objet que l'amusement, pour s'appliquer à l'étude instructive des caractères. C'est à ce moment que les romans de Marivaux paraissent en France. Ils ont un vif succès, qui attire sur eux l'attention des Anglais. Qu'y trouvent ceux-ci? l'analyse psychologique, l'étude minutieuse des mobiles de nos actions, et aussi le respect des convenances morales, l'honnêteté, le goût du bien, la sympathie pour la vertu. Richardson et Fielding suivent ces exemples et, avec eux, ce qui en France n'était qu'un accident dû à l'originalité d'un écrivain, devient en Angleterre une règle et la sève nourricière de toute une branche de la littérature.
1. Voir H. Taini'. Histoire de bi Littérature anglaise, et Notes sur l'Angleterre^ chap. vm.