LA RELIGIEUSE
calme, s'apaise et détourne, par une déviation nouvelle, le cours de son nouveau sujet; mais l'élan est donné et le récit demeure; émouvant.
Av;mt que le projet d'écrire l'histoire de la Religieuse fût venu traverser la Vie de Marianne, Marivaux avait clairement laissé voir qu'il aimait peu les couvents et la vie conventuelle. Marianne, fuyant M. de Climal, demandait asile et protection à une prieure, dont elle trace un portrait à la Gresset, tout de grâce maligne et d'ironie. Voici qui est plus sérieux et d'une observation moins indulgente. Que peuvent attendre les malheureux de cette prieure et des religieuses qui, comme elle, ont fait vœu de charité? De bonnes paroles et rien de plus : « A voir ces bonnes filles, vous leur trouvez un extérieur affable, et pourtant un intérieur indifférent. Ce n'est que leur mine et non pas leur âme qui s'attendrit pour vous : ce sont de belles images qui paraissent sensibles, qui n'ont que des superficies de sentiment et de bonté '. » En effet, à peine la prieure, d'abord tout accueillante et onctueuse, a-t-elle compris que Marianne, sans dot, n'apporte à la communauté qu'une âme à sauver, aussitôt elle change de ton, et dans ses paroles de consolation banale perce le plus froid égoïsme :
Nous H'1 voyons, nous ne connaissons presque personne;... nous sommes des semaines entières sans recevoir uni' visite; d'ailleurs notre maison n'est pas ricin' : nous m' subsistons que par nos pensionnaires, dont le
liniiilire csl |i ut iliuiiinit'' depuis quelque leinp-. Au— i
qous -unîmes endettée- et si mal à notre aise! .J'eus l'autre jour le chagrin de refuser une jeune fille, un fort bon sujet, qui se présentai! pour être converse, parce que qous n'en recevons plus, quelque besoin que nous en ayons, et