‹ Marivaux, sa vie et ses œuvres, d'apres de nouveaux documents (volume 2)Chapitre 256 sur 345 · ON MÉNAGE DANS LA FINANCE · texte numérisé non relu

ON MÉNAGE DANS LA FINANCE

où il sert comme le théâtre naturel de tous les désordres. Maître, maîtresse, valets, rivalisent de sansgène moral. Madame passe son temps « dans toutes les dissipations du grand monde », va au spectacle, soupe en ville, fait de la nuit le jour et du jour la nuit, a des amants, les reçoit à sa toilette, y lit les billets doux qu'on lui envoie et les laisse traîner; elle « vit dans sa coquetterie, comme on vivrait dans l'état le plus décent et le plus ordinaire, tout aussi franchement qu'on boit et qu'on mange J ». Au demeurant, « bonne personne », indulgente pour tous comme pour elle-même, traitant ses domestiques avec une aimable familiarité, trouvant tout bien et laissant sa maison aller comme elle peut. A la façon dont elle encourage les galanteries de Jacob, on devine qu'elle est sans préjugés et que, si elle en a le loisir, elle traitera le beau valet comme voudront le traiter plus tard Mmes de Fécour et de Ferval.

Pas plus que Madame, Monsieur ne se pique de fidélité bourgeoise. Les deux époux vivent sur ce pied de tolérance mutuelle et de libre camaraderie qui était alors le bel air. Monsieur est un vrai Turcaret, « nullement généreux », mais « extrêmement dépensier, surtout quand il s'agit de ses plaisirs ». Ceux-ci, il les prend un peu partout, sans beaucoup de choix; ainsi, parmi les femmes de chambre de Madame, qui trouve cela tout naturel. Puis, il fait un sort à ses victimes, et, comme un roi, il essaye de les marier. Il voudrait bien faire épouser par Jacob Mlle Geneviève, soubrette sans préjugés, qui considère la galanterie comme un moyen d'amasser une dot. Mais Jacob n'a pas encore eu le temps de perdre ses scrupules campagnards : « Ma foi, Monsieur,

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