I. Des ouvrages de l'esprit
comme dans la société, tout concourait à flatter le vice; il mettait une intention morale dans tout ce qu'il écrivait.
Cette intention était rarement affichée dans ses comédies, car il avait trop de goût pour tomber dans l'excès qui nuisit tant à celles de Diderot; mais, tenant à la nature même de l'écrivain, elle était toujours sensible. Si parfois il attaquait de front un abus ou un préjugé, le plus souvent il mettait la leçon dans l'ensemble même de la pièce ou se contentait de l'indiquer au passage. Rarement relevée de nos jours \ la moralité du théâtre de Marivaux n'avait pas échappé aux contemporains. L'un d'eux appelle les personnages de notre auteur des « philosophes aimables et ingénus », et trouve dans son théâtre « un fonds de philosophie, dont les idées, développées avec finesse, filées avec art et adroitement accommodées à la scène, ont presque toujours un but utile et moral 2 ».
Dans le roman, l'intention morale est plus visible encore que dans le théâtre. Marianne, dit Sainte- Beuve, « est le plus avisé des disciples féminins de La Rochefoucauld 3 » ; au cours de ses aventures elle agit beaucoup moins qu'elle n'observe, exerçant sur elle-même et sur les autres une curiosité fort clairvoyante. Travers mondains, défauts du cœur ou de l'esprit, vices et ridicules de toutes sortes sont
1. Du moins jusqu'à ces dernières années. Les récents critiques de Marivaux, MM. de Lescure, Reinach, Fleury, Gossot, Lavollée parlent plus ou moins, mais parlent tous, de l'intention morale de son théâtre. M. F. Sarcey déclarait, à propos de VÉcole des Mères, qu'au théâtre Marivaux « a été l'un des plus ingénieux moralistes de son temps » (Le Temps, 23 décembre 1878).
•2. Lesbros, p. 9.