‹ Marivaux, sa vie et ses œuvres, d'apres de nouveaux documents (volume 2)Chapitre 28 sur 345 · LE TI1ÉATHE-ITALIEN · texte numérisé non relu

LE TI1ÉATHE-ITALIEN

italiens avaient peu à peu élevé et développé leur genre national, l'ancienne commedia delV arte. Aux canevas brodés par une imagination bouffonne et licencieuse, aux types convenus d'une tradition qui remontait jusqu'aux temps de Cécilius et de Plaute l, ils avaient fait succéder de véritables pièces de dessin plus arrêté, avec des personnages plus modernes de sentiments, sinon de costumes et de noms; la plaisanterie y était moins grossière, et un dialogue arrêté d'avance remplaçait en partie la libre improvisation de l'acteur 2. L'italien était d'abord leur seule langue, puis ils l'avaient mêlé de français. Regnard et Le Sage n'avaient point dédaigné d'écrire pour eux de spirituelles ébauches, dans lesquelles ils encadraient leurs jeux de scène nationaux. La faveur populaire

la plus grande partie de documents inédits tirés des Archives nationales, est un résumé complet et clair de l'histoire de la comédie italienne en France.

1. Voir dans Desboulmiers, Histoire du Théâtre-Italien, t. I, p. 19 et suiv., le chapitre sur les personnages de l'ancienne comédie italienne; pour leurs types et costumes, on a, outre la fameuse suite de Callot, de très curieuses estampes, gravées par Joullin, d'après les dessins de Julliot, dans l'ouvrage de Louis Riccoboni, et celles qui se trouvent en tête de chaque pièce dans le recueil de Gherardi cité ci-après, très curieuses aussi et très soignées, par Verdier, Boulogne le jeune, Dolivet, Desmarets, etc.

2. Desboulmiers (t. I, p. 32 et suiv.) donne des analyses et des extraits de quelques-uns de ces canevas, et Maurice Sand (t. I, passim) les scènes les plus amusantes de Ruzzani, auteur et acteur plein de verve. On a, de plus, le recueil considérable de Gherardi (Le Théâtre italien de Gherardi, 1700, 6 vol.; V Avertissement qu'il faut lire, en tête du tome I, dit très bien en quoi consistait la primitive commedia del'C arte). Sur h; passage de la comédie improvisée à la comédie récitée, voir L. Moland, Molière et la comédie italienne, cha]p. i el ii: Km. Campardon, t. I, p. 19, et surtout deux articles de M. Fr. Sarcey, dans la Chronique théâtrale du Temps, 12 et 19 novembre 1877. Dans ses Lettres historiques, Boindin suit pas à pas cette transformation et en montre l'effel -ni- le public.

les avait suivis dans cette transformation ; la bonne société elle-même s'était départie envers eux de son dédain pour un plaisir qu'elle avait longtemps jugé d'ordre inférieur, et s'était habituée à les aller voir autrement qu'en cachette. Henri IV et Louis XIII avaient successivement confirmé leurs privilèges; pour que rien ne manquât à leur vogue, ils avaient eu leur persécution : en 1697, Louis XIV, qui commençait à faire pénitence, trouvant leur genre immoral et, peut-être, irrité par une allusion satirique à Mme de Maintenon, fît fermer d'autorité leur théâtre et les renvoya dans leur pays1. En 1716, le Régent, se souvenant qu'ils avaient amusé sa jeunesse, les engageait à revenir. Encouragé par lui, Louis-André Riccoboni, acteur célèbre alors en Italie, sous le nom de Lélio, choisit une troupe parmi les meilleurs comédiens d'Antoine Farnèse, prince de Parme, qui consentit à s'en dessaisir en faveur du roi de France, et vint s'installer avec eux rue Mauconseil, dans la salle de l'ancien hôtel de Bourgogne 2, où ils trouvèrent un succès qu'ils méritaient, mais dans lequel « était de moitié l'opposition posthume qu'on faisait à l'ancien régime 3 ».

Le Régent ne négligea rien pour leur marquer sa protection. En attendant que la salle de l'hôtel de Bourgogne fût prête, il mit à leur disposition celle du Palais-Royal et assista, avec la duchesse de Berri, sa fille, à la représentation qu'ils y donnèrent, le

1. Voir Eug. Despois, le Théâtre français sous Louis XIV, p. 66 à 70, et Em. Campardon, t. I, p. 23 à 25.

2. Em. Campardon, t. I, p. 25. Sur l'hôtel de Bourgogne et son histoire, voir J. Bonnassies, Notice historique sur les anciens bâtiments de la Comédie-Française, 1868, p. 3 et suiv., et E. Despois, le Théâtre français sous Louis XIV, livre I, chapitre i. Cet hôtel était situé à l'angle de la rue Mauconseil et de la rue Française.

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