Le Spectateur français, huitième feuille
2. Ibid. — Villemain a touché d'une main légère à cette plaie secrète de bien des critiques, si souvent envenimée par le reproche d'impuissance envieuse qu'on leur adresse. Voir son Discours sur la critique.
LA CRITIQUE AU XVIIIe SIÈCLE. 4a 1
Entre gens de même profession, de même mérite ou de même talent, toute la justice que les hommes peuvent se rendre, c'est d'estimer très sobrement ceux qui sont très estimables. Ils ne s'avouent pas entre eux plus d'estime que cela : ce qu'ils en doivent de plus est dans le fond de leur conscience, où ils ne veulent pas la voir. Leur amourpropre l'ail si bien qu'il ne la sait pas lui-même, quoiqu'il ait toujours besoin de se persuader qu'il l'ignore '.
Telle était, selon Marivaux, la critique dans la première moitié du xvme siècle. Appréciation sévère, mais, il faut le reconnaître, assez justifiée. Sauf l'abbé Prévost, généralement judicieux, impartial et assez large 2, la critique est très médiocrement représentée jusqu'aux environs de 1750. Desfontaines, Boindin, Clément, etc., étaient de médiocres censeurs et de pauvres caractères, plus gazetiers que littérateurs 3. Les critiques de ce nom n'apparaissent que dans la seconde moitié du siècle, où d'Alembert, Grimm, La Harpe, Chamfort, Marmontel relèvent une profession avilie.
Du reste, Marivaux n'était pas hostile à la critique elle-même. Il reconnaissait qu'elle peut rendre des services, à la condition de renoncer au système et au parti pris; et, dans un passage excellent, il marque les règles qu'il souhaiterait lui voir suivre :
Je voudrais des critiques qui pussenl corriger etnon pas gâter, qui réformassent ce qu'il y aurait de défectueux dans le caractère d'esprit d'un auteur, et qui ne lui lissent pas quitter ce caractère. 11 faudrait aussi pour cela, s'il était possible, que la malice ou l'inimitié des partis n'al-