I. Le Miroir
l. C'est lui qui répondit, au nom tic la critique, aux attaques de Marivaux et a ses tentatives d'apologie personnelle. Voir ci-après, p. 585, n" I, un passage de cette réponse.
:;. Voir, sur l'histoire de la critique, le livre récent de M. F. Brunetière, VÉvolution des genres, t. I. 1891.
térât pas les lumières de la plupart des hommes, ne leur dérobât point l'honneur de se juger équitablement, n'employât pas toute leur attention à s'humilier les uns les autres, à déshonorer ce que leurs talents peuvent avoir d'heureux, à se ruiner réciproquement dans l'esprit du public; de façon que, sur leur rapport, vous, lecteur, vous méprisez souvent des ouvrages que vous estimeriez l.
Il voudrait surtout que la critique renonçât à ces personnalités injurieuses, qu'elle a trop aimées de tout temps, surtout au xvnie siècle, et qui la déshonorent. Il voudrait que, se bornant à juger l'écrivain, elle respectât toujours l'homme, car celui-ci, pour livrer au public ses écrits, n'entend pas lui abandonner sa personne -. Pour sa part, il s'est toujours respecté lui-même, en respectant ses adversaires. Même dans la querelle des Anciens et des Modernes, où les polémiques n'avaient rien de courtois, il n'a jamais injurié ceux qui ne pensaient pas comme lui. S'il a trop souvent fait preuve d'injustice et d'aveuglement, s'il n'a évité ni le mauvais goût, ni même la grossièreté, du moins il n'a maltraité que des œuvres, non des hommes.
Dans cette querelle, Marivaux avait embrassé les idées de La Motte avec un dévouement absolu. Au théâtre et dans le roman il avait su rester lui-même et se préserver d'une imitation qui eût tué son originalité; en matière de critique ancienne, il se constitua l'homme-lige de son « dangereux ami 3 »; il le défendit envers et contre tous. Lorsque La Motte est aux prises avec Mme Dacier, Marivaux s'empresse de