‹ Marivaux, sa vie et ses œuvres, d'apres de nouveaux documents (volume 2)Chapitre 32 sur 345 · Quatrième lettre, p · texte numérisé non relu

Quatrième lettre, p

■2. « Il a soutenu seul et longtemps la fortune des Italiens, qui, sans ce secours, étaient presque contraints d'abandonner leur spectacle. » (De La Porte, Préface de 17G5, p. 8.)

resta plus grand'chose de la commedia delV arte. S'il en maintint souvent les noms traditionnels, il ne s'inquiéta nullement de conformer ses personnages aux types que ces noms personnifiaient.

Marivaux trouvait surtout, dans les comédiens de la rue Mauconseil, les plus propres de tous à faire valoir son talent. Il ne suffit pas, en effet, pour Lien jouer Marivaux, de dire juste et de détailler avec esprit; il faut encore une action expressive et souple, toute de nuances : « Il y a, dit un personnage des Serments Indiscrets, des manières qui valent des paroles; on dit je vous aime avec un regard et on le dit bien '. » Il n'est pour ainsi dire pas, dans tout le théâtre de Marivaux, une scène où les paroles n'aient besoin d'être soulignées, interprétées, complétées par le geste et le regard. Souvent même les paroles et les pensées intimes des personnages sont en contradiction; je vous hais veut dire je vous aime, et ce jeu de sous-entendus est une source d'excellent comique, si l'acteur est excellent 2. D'autre fois, l'acteur doit jouer avec une simplicité apparente, plus difficile encore; s'il met la moindre affectation dans son geste ou son débit, il dénature ce qu'il récite : il faut, disait Marivaux, qu'il ne paraisse pas « sentir la valeur de ce qu'il dit, et que le spectateur la devine 3 ». Il

1. Acte II, se. x. Et ailleurs (le Prince travesti, I, n) : « Avec deux yeux ne dit-on pas ce que l'on veut? »

2. Paul de Saint-Victor (Préface du Théâtre de Marivaux, p. 4) exprime par une gracieuse comparaison ces perpétuels sous-entendus des personnages de Marivaux : « Swedenborg raconte, dans ses Visions, qu'il vit des esprits de l'air causer entre eux et se comprendre par le seul clignement de leurs yeux. Il y a quelque chose, dans les dialogues de Marivaux, du mystère de ces entretiens. >•

3. « Il faut que les acteurs ne paraissent jamais sentir la valeur de ce qu'ils disent, et qu'en même temps les spectateurs la sentent et la démêlent à travers l'espèce de nuage dontl'au-

arrive enfin que l'acteur doive être compris du public, en évitant de l'être par son interlocuteur; tout à l'heure un sourire, un regard devaient compléter le sens des paroles, maintenant la parole n'a d'autre but que de dissimuler la pensée. Or ces jeux de scène, si' délicats et si nombreux qu'ils forment comme un art particulier dans l'art dramatique, n'étaient pas de ceux qu'employait de préférence le répertoire classique, plus simple dans ses effets, et les acteurs italiens, mimes de profession plutôt que diseurs, devaient l'emporter ici sur les acteurs français, excellents diseurs plutôt que mimes.

Mais ce qui contribua le plus à la préférence de Marivaux pour les comédiens italiens, ce fut la présence parmi eux de la fameuse Sylvia ', qui, avec Lelio -, était vite devenue l'étoile de la troupe. Marivaux ne parlait d'elle qu'avec une admiration partagée par tout le xviif siècle 3 et les contemporains

teur a dû envelopper leurs discours. » (Marivaux, cité par d'Alembert, p. 582.)

1. De son vrai nom Giovanna-Rosa Benozzi, née à Toulouse vers 1700. morte à Paris le 16 septembre 1758. « Elle est fille, disait Boindin. d'un comédien italien, qui, étant aveugle, fut obligé de quitter le théâtre. La profession de comédien étant très infructueuse en Italie, il s"est trouvé dans la nécessité de suivre Sylvia en France, avec le reste de la famille, composée de deux garçons et de deux autres filles. La tendresse et l'amitié qu'elle a pour eux font bien augurer à tout le monde de la bonté de son cœur. » (Première lettre, p. 15.) EUe épousa, son camarade Maximilien Balletti, le Mario de la troupe, c'està-dire le jaloux. On verra tout à l'heure que Balletti jouait son rôle au naturel, à la ville comme au théâtre.

2. De son vrai nom Louis-André Riccoboni, né à Modène en 1071. mort à Paris en 1753. Littérateur distingué, on lui doit, outre l'Histoire de la Comédie-Italienne mentionnée plus haut, d'intéressants écrits sur l'art dramatique, et un recueil de comédies, dont il eréa lui-même les principaux rôles, et qu'il publia sous le titre de Nouveau théâtre italien (1728, 8to1. .

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