‹ Marivaux, sa vie et ses œuvres, d'apres de nouveaux documents (volume 2)Chapitre 31 sur 345 · LE THEATRE-ITALIEN · texte numérisé non relu

LE THEATRE-ITALIEN

public d'alors qu'en allant au Théâtre-Italien on devait s'attendre à un français spécial, dénaturé ou même défiguré, mais dont l'étrangeté même produisait à elle seule un effet comique; tels, de nos jours, les rôles classiques de Gascons, d'Italiens et d'Anglais. Dans ce rajeunissement de leur répertoire et cette transformation de leur jeu, ils ne ménageaient pas les avances aux jeunes auteurs de quelque espérance. On sut vite qu'ils étaient plus généreux et moins hautains que les comédiens du roi : « On assure, disait Boindin ', qu'ils en agissent parfaitement bien avec ceux qui leur présentent des pièces; s'ils continuent à avoir la même politesse, je suis persuadé que nos meilleurs auteurs se feront un plaisir de travailler pour leur théâtre, les procédés leur étant d'autant plus sensibles que rarement les a-t-on pour eux. » Marivaux surtout, accueilli par eux avec bienveillance, leur resta longtemps fidèle. En cela, acteurs et auteur furent bien inspirés. Il fixa la vogue commençante du nouveau Théâtre-Italien, assura sa fortune et la soutint longtemps presque seul -: lui-même dut à la liberté que lui laissaient ses interprètes et qu'il n'eût pas trouvée ailleurs, de pouvoir, au début de sa carrière, se développer sans entraves et suivre la voie naturelle de son talent. Affranchis de toute tradition gênante, complaisants et dociles, Marivaux leur donna la direction qu'il voulut; au lieu de subir des conseils, comme il eût fait au Théâtre-Français, il vit accepter avec empressement ceux qu'il lui plut de donner. Il précipita donc le changement de cadre et de genre qu'ils avaient commencé, et bientôt il ne

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