‹ Marivaux, sa vie et ses œuvres, d'apres de nouveaux documents (volume 2)Chapitre 321 sur 345 · LE JARGON AMOUREUX · texte numérisé non relu

LE JARGON AMOUREUX

De tout temps l'amour a eu le privilège des métaphores outrées, des hyperboles, des images prétentieuses. Dans l'antiquité, lorsque tout encore est simple et naïf, lui seul n'est déjà plus ni l'un ni l'autre. En vain les siècles classiques cherchent en tout la juste mesure et se font une loi de la sobriété : il conserve le privilège d'un langage luxuriant. Pour ne parler que du temps qui précède celui de Marivaux, quelle richesse de phraséologie amoureuse, au xvne siècle! que de flammes et de torches, de chaînes et de supplices! que de neige et de roses, de lis et d'ébène! que de glaces et de durs rochers! Ce sont là des parures changeantes, bientôt démodées et remplacées par d'autres, car chaque époque invente les siennes. Les critiques sont d'habitude assez indulgents pour ces recherches de langage ; ils savent qu'elles sont inséparables de l'expression de l'amour; ils ne devraient donc pas se montrer trop sévères pour les afféteries eL les subtilités amoureuses de Marivaux, qui écrivait pour le siècle par excellence de l'analyse et du raffinement '..

Marivaux abuse non seulement de la finesse, mais encore de l'esprit. Ses critiques lui reprochaient d'en mettre partout. Il répondait :

Quand je songe à cette critique... je la trouve la chose du monde la plus comique, tant j'ai de plaisir à me représenter la commodité dont elle esl .;i tous ceux qu'elle dispense heureusemenl d'avoir de l'esprit, et qui ne l'attraperaient point quand ils courraienl après. Et en eflfel il y a bien des ouvrages qui ne subsistenl que par le iléfaul d'esprit, el leur platitude fait croire à certains lecteurs qu'ils sonl écrits d'une manière naturelle2.

1. Voir Paul de Saint-Victor, Préface du Théâtre de Marivaux, p. 5.

Page 1