‹ Marivaux, sa vie et ses œuvres, d'apres de nouveaux documents (volume 2)Chapitre 320 sur 345 · Les Serments indiscrets, aete I, se. vi · texte numérisé non relu

Les Serments indiscrets, aete I, se. vi

i. La Mère confidente, acte II, se. ix. La Fausse Suivante, acte II, se. v.

que l'on pourrait appeler le marivaudage métaphorique, celui dont il use et abuse le plus. Il lui doit en partie les grâces de son style, bien des expressions d'une heureuse originalité. Il appellera, par exemple, un monologue d"amoureux « la conversation des fous ' » ; il dira d'un homme qui a peur : « il se met tout en un tas - » ; de celui qui se décide à une démarche désagréable : « il prend sa secousse 3 » ; pour « manquer à son devoir », il inventera « blesser son devoir 4 », qui dit plus et mieux. Mais en revanche, que d'expressions, que de passages dignes de Mascarille et de Jodelet! Il appellera un cœur sans amour « un cœur qui reste garçon 5 » ; il tournera bien des phrases galantes dans le goût de celle-ci : « Vous m'avez maltraité le cœur, faites les frais de sa guérison. J'attendrai; je suis accommodant; le vôtre me servira de nantissement; je m'en contente 6 ». Il prêtera aux coquettes des réflexions de ce genre : « Que ne m'at-on dit que c'était le plus grand malheur du monde d'être jolie, puisqu'il faut être esclave des conséquences de son visage 7? » Des scènes entières seront écrites dans ce style insupportable 8.

A 'vrai dire, cependant, il réserve aux amoureux ces exagérations du langage figuré. Or, en les faisant parler ainsi, il suivait une tradition fort ancienne.

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