‹ Marivaux, sa vie et ses œuvres, d'apres de nouveaux documents (volume 2)Chapitre 329 sur 345 · MARIVAUX DANS LA LITTERATURE FRANÇAISE · texte numérisé non relu

MARIVAUX DANS LA LITTERATURE FRANÇAISE

trop de désordre et de remplissage. Délassement d*œuvres plus importantes, moments perdus d'une carrière dont l'intérêt et la suite étaient ailleurs, ces feuilles nous montrent ce que Marivaux aurait pu être comme moraliste, s'il s'était uniquement appliqué à l'étude spéculative du cœur humain pour en tirer un véritable livre; mais ce livre n'existe pas. On goûte donc ou l'on admire par fragments ses essais de morale, mais on pourrait appliquer à l'ensemble la réflexion que fait quelque part Marianne : « Il me semble que mon àme, en mille occasions, en sait plus qu'elle n'en peut dire et qu'elle a un esprit à part, bien supérieur à celui qu'elle a d'ordinaire. Je crois aussi que les hommes sont bien supérieurs aux livres qu'ils font '. »

Marivaux porta dans le roman sinon plus d'esprit de suite, au moins plus d'application et un plus grand souci de son œuvre. Aussi la Vie de Marianne et le Paysan parvenu comptent- ils davantage parmi ses titres que le Spectateur français et le Cabinet du Philosophe. Ils lui assurent au nombre des romanciers une place à côté de Le Sage, au-dessus de l'abbé Prévost. Il y a, en effet, dans ces deux livres, des scènes ou des tableaux de mœurs que rien ne surpasse dans Gil Blas, que rien n'égale dans Diderot ou Duclos, auxquels dans Crébillon fils rien ne mérite d'être comparé. Malheureusement, ces morceaux de choix appartiennent encore à un ensemble incomplet et sans cohésion. Défaut plus grave peut-être, ces romans ne sont pas des romans. Marivaux a voulu composer des romans sans intrigue ni action, et remplacer l'intérêt propre au genre par celui de l'observation morale traduite en réflexions. Il n'a réussi qu'à juxta-

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