‹ Marivaux, sa vie et ses œuvres, d'apres de nouveaux documents (volume 2)Chapitre 330 sur 345 · La Vie de Marianne, quatrième partie · texte numérisé non relu

La Vie de Marianne, quatrième partie

poser, sans les unir, d'excellentes parties de roman et d'excellents morceaux de morale. Il avait eu cependant une idée féconde, en essayant de transformer la fiction par le mélange de l'analyse psychologique et de l'invention romanesque. Mais il eût fallu, pour la réaliser avec succès, fondre les deux éléments du roman nouveau; et il ne l'a point fait. De là les inégalités de la Vie de Marianne et du Paysan parvenu, leur manque d'équilibre, l'oubli où ils sont tombés peu à peu. Le lettré qui les ouvre s'y plait et les lit jusqu'au bout; peut-être même les relit-il. Mais la masse des lecteurs se contente de les admirer sur parole ; elle va aux œuvres franches et complètes.

Ainsi, dans le roman, comme dans la morale, Marivaux est encore inférieur à lui-même. Il a sa place à côté de Le Sage; avec une conception plus nette de ce qu'il voulait faire et plus d'attachement à son œuvre, il se fût peut-être élevé au-dessus de l'auteur de Gil Blas.

Reste son œuvre dramatique. Ici, malgré trop de réserves encore, sa réputation est moins contestée. On s'accorde à reconnaître en lui un maître de théâtre; on l'applaudit toujours; il est encore populaire, non seulement parmi les délicats, mais, ce qui vaut mieux, auprès du grand public. En dépit du mot marivaudage, son nom se présente immédiatement et comme involontairement à la mémoire, lorsqu'on veut énumérer les quatre ou cinq grands écrivains qui sont la gloire du théâtre français; après Corneille, Racine, Molière, on nomme Marivaux. Crébillon père, Le Sage, Destouches, La Chaussée, Beaumarchais, Voltaire et Regnard eux-mêmes, ne viennent qu'après lui ; Voltaire, malgré Mérope, Regnard, malgré le Joueur. Quant à ses autres contemporains, en est-il un qui mérite, non pas de lui être préféré, mais

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