De La Porte, lbid
et « la regretta toute sa vie * ». Une fille unique lui restait de ce mariage; il la fit élever avec grand soin. Ne pouvant la doter, il la destinait au cloître, mais, quand elle fut en âge de prononcer ses vœux, il était trop pauvre pour payer les frais de la profession. Le duc d'Orléans vint généreusement à son secours, et Mlle de Marivaux prit le voile à l'abbaye du Thrésor 2.
Marivaux avait un nom et travaillait depuis plus de trente ans, lorsqu'il ne se trouva pas assez riche pour faire entrer sa fille au couvent. Ses succès incertains lui avaient tout au plus évité la gêne, et souvent ses ressources étaient bornées à une pension de trois mille livres sur la cassette du roi, pension que ses amis lui avaient procurée à son insu, car il ne sollicita jamais 3. Et pourtant, il sentait le poids de la pauvreté et ne s'en cachait pas. S'il n'aimait pas l'argent pour lui-même, il avait — ses contemporains nous l'ont dit et nous le diront encore — un besoin
1. De La Porte, p. 18. — Ceci ne doit pas être une banalité, car d'Alembert dit de son côté (p. 601) : « Il fut longtemps inconsolable du malheur qu'il eut de la perdre. » — Nous ne savons rien de plus sur la femme et la fille de Marivaux. M. Arsène Houssaye leur consacre une assez grande partie de son étude sur Marivaux (Galerie du xvme siècle, t. I, p. 320 et suiv.), mais son récit n'est qu'un agréable roman.
2. Lesbros, p. 27. — Il ne s'agit pas ici du Régent, mort en 1723, deux ans après le mariage de Marivaux, mais de son fils Louis d'Orléans, élève de l'abbé Mongault, qui avait su lui inspirer, avec une sincère piété, un goût très vif pour les lettres et les sciences. Marivaux lui témoigna sa reconnaissance dans son discours de réception à l'Académie française.
Quant à l'abbaye du Trésor, où entra Mlle de Marivaux, il importe de dire que ce n'était pas un cloître bien sévère : on y recevait volontiers les beaux-esprits, témoin une allusion à une visite de Fontenelle, que l'on trouve dans les Œuvres de Piron (t. VU, p. 11).