SA PAUVRETÉ
naturel d'élégance sur sa personne et dans son intérieur; il vivait dans un milieu où « la recherche en linge et en vêtements » était une nécessité. Il souffrait donc de la pauvreté et il citait un jour au bailli de Mirabeau les vers de Juvénal disant que ce qu'il y a de plus dur en elle, c'est qu'elle rend ridicule :
Nil habet infelix paupertas durius in se Quam quod ridiculos homines facit.
Le bailli, franc, brusque, d'une sagesse un peu prudhommesque, lui répondait : « Quand un homme est pauvre pour n'avoir pas voulu blesser l'honneur, qu'il sait mépriser les biens et passer sur le ventre de ceux qui n'ont pas d'autres mérite que d'en posséder, il se fait respecter et sa pauvreté n'est pas ridicule *. » C'est juste, c'est même trop juste, et le « faiseur de livres », comme l'appelle dédaigneusement le bailli, dut se contenter de répondre par un sourire.
Il était trop fier pour demander et trop jaloux de son indépendance pour l'aliéner. Il ne voulut dépendre que de sa plume, et pourtant il avouait, on vient de le voir, qu'il était fort paresseux, et le travail forcé devait lui être plus pénible qu'à personne. Il travailla cependant beaucoup et multiplia les tentatives en tout sens, pour augmenter les ressources que le théâtre lui donnait trop insuffisantes. Lorsque la banque de Law l'eut ruiné, rendu plus paresseux encore par le bonheur de son récent mariage, il avait passé toute une année sansécrire et ne pouvait faire jouer sur-lechamp aucune comédie. Le succès des articles donnés au Mercure pour son début dans les lettres l'engagea