XIV AVERTISSEMENT DE LA PREMIÈRE ÉDITION
MM. Emile Perrin, administrateur général, François Coppée, bibliothécaire, Georges Monval, archiviste de la Comédie-Française; M. Charles Nuitter, archiviste de l'Opéra; MM. Bertal, Lavoix fils, Barringer, bibliothécaires, Blanchet et Bons d'Anty, employés à la Bibliothèque nationale; MM. Lehot et Boissonnade, bibliothécaires à la Bibliothèque de l'Université; MM. les conservateurs et employés de la Bibliothèque Sainte-Geneviève, qui m'ont libéralement ouvert leur riche collection de journaux littéraires du siècle dernier; enfin et surtout l'éminent professeur auquel ce livre est dédié. J'ai souvent fait appel à leur obligeance; je ne l'ai jamais ni épuisée ni lassée. Si je désire quelque succès pour le livre que je publie aujourd'hui, c'est en grande partie afin qu'ils n'aient pas à regretter leurs bons offices.
Août 1882.
Marivaux appartient à cette famille peu nombreuse d'écrivains qui, avec des qualités de premier ordre et généralement reconnues, n'ont obtenu de leurs contemporains qu'une réputation incertaine, et qui, longtemps après leur mort, soulèvent encore des jugements opposés. Durant sa longue carrière d'auteur dramatique, de moraliste et de romancier, ses diverses tentatives échouent aussi souvent qu'elles réussissent. Parmi ses nombreuses comédies, quatre ou cinq à peine sont franchement applaudies à leur apparition: ses deux romans, accueillis d'abord avec faveur, demeurent inachevés, car l'auteur et les lecteurs se fatiguent avant la fin, et ses essais de critique et de morale, publiés sous forme de journaux, s'arrêtent au bout de quelques feuilles, pour la môme cause que ses romans. Après sa mort, ceux de ses contemporains qui essaient de marquer sa place, le jugent sans aucune bienveillance. Grimm écrit : « Il avait un genre bien à lui, très aisé à reconnaître, très minu-
tieux, qui ne manque pas d'esprit, ni parfois de vérité, mais qui est d'un goût bien mauvais et souvent faux. » Et ce jugement d'une sécheresse tranchante, il le complète par une comparaison dédaigneuse : « Il a eu parmi nous la destinée d'une jolie femme, et qui n'est que cela, c'est-à-dire un printemps fort brillant, un automne et un hiver des plus durs et des plus tristes. Le souffle vigoureux de la philosophie a renversé depuis une quinzaine d'années toutes ces réputations étayées sur des roseaux f. »
A la même époque, Collé ne lui est pas beaucoup plus sympathique; comme Grimm, il semble n'avoir guère pris Marivaux au sérieux; il s'acquitte envers lui avec quelques mots d'éloge banal, tempérés par beaucoup de restrictions, et il conclut, après avoir longuement énuméré ses défauts, par cette sentence : « A ces défauts près, M. de Marivaux est un écrivain estimable 2 ». D'Alembert, qui lui consacre un de ses Éloges historiques, demande pardon à l'Académie française de l'occuper aussi longtemps d'un écrivain de mince importance 3, et, dans une série d'analyses d'une rigueur toute géométrique, blâme plus souvent qu'il ne loue : « Nous n'ignorons pas, dit-il, qu'il nous sera bien difficile d'apprécier Marivaux au gré des inexorables zélateurs du bon goût; ils ne nous pardonneront pas de nous exprimer froidement sur l'étrange néologisme qui dépare même ses meilleures productions; ainsi, en réclamant, pour lui et son historien, une indulgence dont ils ont également besoin l'un et l'autre, nous pouvons dire ce que Cicéron disait à ses juges dans une affaire épineuse : Intel-