‹ Marivaux, sa vie et ses œuvres, d'apres de nouveaux documents (volume 2)Chapitre 50 sur 345 · SON DESINTERESSEMENT · texte numérisé non relu

SON DESINTERESSEMENT

de Marianne qu'il commence le Paysan parvenu ', et l'histoire du nouveau roman est la même que celle du premier.

Enfin, malgré sa gêne, Marivaux était très désintéressé. S'il entreprenait beaucoup, pour tirer de sa plume quelque profit, il était incapable de prolonger quand même un ouvrage qu'il jugeait mauvais. On vient de voir comment il se conduisit avec Mme Riccoboni; il montra toujours la même délicatesse.

A une époque de sa vie, ce désintéressement fut mis à une assez forte épreuve ; il en sortit entièrement à son honneur. Voltaire ne l'aimait pas; non seulement il n'avait jamais pour lui de ces éloges qu'il prodiguait à ceux de ses confrères qui lui étaient sympathiques, mais encore il l'attaquait directement. Professant pour la comédie italienne, acteurs et auteurs, un dédain jaloux que devait exciter jusqu'à la plus complète injustice le succès si mérité de Mme Favart -, il désignait, par une allusion méprisante, dans le Temple du Goût, les « comédies métaphysiques » de Marivaux 3, et le consignait à la porte du temple. Dans la conversation, il était plus explicite encore : « C'est un homme, disait-il, qui passe sa

1. La dernière partie de la Vie de Marianne est de 1744 et la première du Paysan parvenu de 1735. — Le Paysan parvenu avait trouve à l'étranger le même accueil que la Vie de Marianne. Le Journal littéraire de la Haye en fait le plus grand éloge (t. XXIII, p.' 188 et 474); de même aussi une autre gazette de Hollande, la Bibliothèque française ou Histoire littéraire de la France(t. XXXIII, lrc partie, p. 154 à 165.)

1. Voir Ail. .lullien, Histoire du costume au théâtre, p. L62.

3. « Celui-ci venait de composer une comédie métaphysique. » Œuvres de Voltaire, édit. I.. Moland, t. VIII, p. 503.) On va voir que Voltaire, craignant la rancune de Marivaux, et estimant, selon son habitude, que tout mauvais cas est niable, s'empresse de dire qu'il n'a pas voulu le désigner. Mais, selon d'Àlembert (p. 619, n. 28), personne n'était dupe de cotte dénégation.

vie à peser des œufs de mouche dans des balances de toile d'araignée '. » On a vu 2 comment, dans sa correspondance, il traitait les Serments indiscrets; il n'était pas plus indulgent pour les romans de notre auteur : « Pardon si je fais des pointes, écrivait-il à Mairan; je viens de lire deux pages de la Vie de Marianne z. »

Enfin, Marivaux ne pouvait ignorer que, dans un ouvrage encore manuscrit, mais déjà fameux, et dont les allusions malignes étaient sues par cœur et allaient sûrement à leur adresse, Voltaire faisait annoncer, par la plus irrévérencieuse des trompettes, « vers de Danchet, prose de Marivaux \ »

Marivaux, nous apprend d'Alembert, était très sensible à ces attaques5; il « s'en souvenait avec amertume et ne parlait jamais de sang-froid de son détracteur; il n'entendait même pas de sang-froid les éloges qu'on en faisait quelquefois en sa présence 6. »

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