er février
4. Dans la Pucelle (chant VI, vers 336. de l'édition de 1756). Voici les vers qui visent Marivaux, et plusieurs autres avec lui :
La Renommée a toujours deux trompettes : L'une, à sa bouche appliquée à propos, Va célébrant les exploits des héros ; L'autre est au c, puisqu'il faut vous le dire ; C'est celle-là qui sert à nous instruire De ce fatras de volumes nouveaux, Vers de Danchet. prose de Marivaux....
6. Tout au plus pourrait-on trouver dans les œuvres de Marivaux une allusion contre Voltaire, et encore bien anodine : ce serait, selon Duviquet (Œuvres de Marivaux, t. I, p. 205), le portrait satirique du poète, dans l'Ile de la Raison. Ce portrait semble trop général pour que Voltaire ait pu s'y reconnaître. Au surplus, Marivaux se défend avec tant d'énergie, dans la préface de cette pièce, d'une allusion dont on l'accusait contre un autre de ses confrères (voir ci-après, p. 88) qu'on peut écarter l'hypothèse de Duviquet.
Il aurait pu rendre coup pour coup; mais il n'aimait point ces attaques personnelles; il s'en prenait aux doctrines, jamais aux personnes, et l'on ne trouve dans ses œuvres ni le nom de Voltaire, ni celui d'aucun autre de ses ennemis. Il se contentait de lancer contre lui, dans la conversation, des traits dont quelques-uns nous ont été conservés : « M. de Voltaire, disait-il, est la perfection des idées communes; » ou bien : « M. de Voltaire est le premier homme du monde pour écrire ce que les autres ont pensé '; » ou bien encore ce mot moins connu : « Ce coquin-là a un vice de plus que les autre ; il a quelquefois des vertus2. » Enfin, à ses yeux, Voltaire était le bel esprit par excellence, au mauvais sens du mot, le « bel esprit fieffé :f ».
En 1735, Voltaire publie ses Lettres philosophiques, qui lui valent une condamnation du Parlement et déchaînent ses ennemis . Un libraire, désireux de profiter de l'occasion et connaissant l'antipathie de Marivaux contre Voltaire, lui demande une réfutation des Lettres. Malgré le prix, considérable pour l'époque, qui lui est offert, cinq cents livres, Marivaux refuse : il lui répugne de saisir, pour attaquer son ennemi, le moment où tout semble conjuré contre lui. Voltaire, alors à Cirey, apprend la proposition ; aussitôt, craignant qu'elle ne soit acceptée, il veut désarmer par des compliments celui qu'il avait blessé, et il écrit une lettre des plus flatteuses pour Marivaux, espérant bien qu'elle lui sera montrée.
1. Selon Desnoiresterres (Voltaire et la Société française au iviii" siècle, t. Il, p. 35G), le mot serait de La Beaumelle, dans la Vie 'le Mauperluis, p. 59.
2. Cité par Desnoiresterres, Voltaire à la cour, p. 3", d'après Jamet, >tromates, aux mss de la Bibliothèque nationale, p. 1030 bis.