‹ Marivaux, sa vie et ses œuvres, d'apres de nouveaux documents (volume 2)Chapitre 61 sur 345 · ld., p · texte numérisé non relu

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6. Ainsi un critique contemporain de Marivaux, Clément : « Quelqu'un qui, avec moins de génie peut-être, a bien autant d'esprit et beaucoup plus de goût que lui. .M. do Crébillon le fils... » (Les Cinq années littéraires, t. 1, p. 187.)

7. Ou Tanzaï et Xéadarné histoire japonaise ( 173i). — C'est le ro-

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s'était amusé à parodier le style de Marivaux, ses réflexions infinies, son goût d'analyse subtile, son peu de souci de l'intrigue et de l'action. Marivaux était personnifié par une taupe. Il serait difficile de résumer la fiction bizarre au moyen de laquelle cette métamorphose était présentée. Il suffira de dire que le prince Tanzaï et la princesse Néadarné s'en vont consulter sur une matière fort scabreuse le génie Mange-Taupes. Ils lui apportent sa nourriture favorite et l'une des taupes raconte son histoire. C'est une longue satire de la carrière de Marivaux, qu'elle personnifie : « Que je meure si j'ai entendu une syllabe, s'écrie Tanzaï; quelle langue parlez-vous? — Celle de l'île de Babiole, reprit la taupe. — Et comment faites-vous pour vous entendre? — Je me devine. » La taupe alors de se perdre en des réflexions interminables, sur l'esprit, la finesse, le bon sens, l'amour, la galanterie, etc.; c'est une parodie assez amusante du marivaudage. Tanzaï s'impatiente : « Quelle misère de se servir de ce maussade jargon! Vous restez deux heures sur la raison et sur l'esprit, pour ne me donner ni de l'un ni de l'autre. » Mais la taupe poursuit, et, sans se déconcerter, raffine de plus belle sa quintessence de bel esprit. A la fin, Tanzaï se fâche :

Les belles réflexions, dit Néadarné. — Quand il serait vrai, reprit Tanzaï, qu'elles fussent aussi belles que vous le dites, je ne les aimerais pas davantage. Je les trouve longues et déplacées, et je ne sache rien de si ridicule que d'avoir de l'esprit mal à propos. Il y a trois heures au moins que Moustache (la taupe) nous tient en haleine pour une histoire que j'aurais faite en un quart d'heure. Je

raan qui fit enfermer Crébillon fils à Vincennes, pour ses allusions à la bulle Unigenitus, au cardinal de Rohan et à la duchesse du Maine.

crois que, pour conter agréablement, il faut être naïf. Si par hasard un fait fournit une réflexion, qu'on la fasse, mais qu'elle n'anéantisse jamais le fond; qu'elle soit courte; qu'elle ramène l'auditeur à l'attention qu'il doit avoir pour le narré qu'on lui fait, et que l'on s'épargne surtout cette envie de briller qui contraint L'esprit et lui ôte le naturel.... A propos de quoi ce monceau d'idées, toujours les mêmes, quoique différemment exprimées? Pourquoi ces choses dites cent fois, et revêtues, pour reparaître encore, d'un goût qui les rend bizarres, sans les rendre neuves? Que me sert à moi, qui ai envie d'être promptement au fait de votre histoire, de savoir toutes les réflexions que vous avez faites après coup sur vos aventures? Et une bonne fois pour toutes, taupe mes amours, des faits et point de verbiages l.

Mais Néadarné, qui est femme, défend la taupe :

Elle parle bien. Je ne sache rien de si charmant que de pouvoir parler deux heures où d'autres ne trouveraient pas à vous entretenir une minute. Qu'importe que L'on se répète, si l'on peut donner un air de nouveauté à ce que l'on a déjà dit. D'ailleurs, cette façon admirable de s'exprimer, que vous traitez de jargon, éblouit ; elle donne à rêver; heureux qui dans sa conversation peut avoir ce goût galant. Quoi! ne trouver jamais que les mêmes termes, ne pas oser séparer les uns des autres ceux qu'on a accoutumé de faire marcher ensemble ! Pourquoi serait-il défendu de faire faire connaissance à des mots qui ne se sont jamais vus, ou qui croient qu'ils ne se conviendraient pas? La surprise où ils sont de se trouver l'un avec l'autre n'est-elle pas une chose qui comble, et s'il arrive qu'avec cette surprise qui vous amuse ils fassent beauté où vous croyez trouver défaut, ne vous trouvez-vous pas singulièrement étonné? Faut-il qu'un préjugé.... — Par Singe! d'idole du pays), s'écria Tanzaï, vous m'étonnez singulièrement vous-même, et j'admire le peu de temps qu'il vous a fallu pour vous infecter de ce mauvais goût 2.

1. Allusion à la Vie de Marianne, dans laquelle l'héroïne, racontant, sur le retour de l'âge, les aventures de sa jeunesse, en interrompt à chaque instant la suite par les réflexions qu'elles lui inspirent à distance.

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