‹ Marivaux, sa vie et ses œuvres, d'apres de nouveaux documents (volume 2)Chapitre 67 sur 345 · D'Alembert, p. o92 et 58o · texte numérisé non relu

D'Alembert, p. o92 et 58o

vive, rapide, originale, pleine de réflexions ingénieuses. « Le style qu'il prête à ses acteurs est celui qu'il avait lui-même, sans efforts comme sans relâche, dans la conversation. » On lui reprochait, il est vrai, de manquer de naturel, de fatiguer quelquefois par son goût continuel d'analyse métaphysique et son désir trop visible « de faire preuve de finesse et de sagacité l », de « mettre de l'esprit partout 2 », d'être « trop attentif à bien penser et à se bien exprimer3 ». Dans un portrait sans bienveillance, mais qui semble bien observé, Marmontel, qui l'avait déjà montré chez Mme de Tencin laissant voir « l'impatience de faire preuve d'esprit et de sagacité », réunit avec agrément les traits épars de sa physionomie.

Marivaux avait dans la tète une affaire qui le préoccupait sans cesse et lui donnait l'air soucieux. Comme il avait conquis par ses ouvrages la réputation d'esprit subtil et raffiné, il se croyait obligé d'avoir toujours de cet espritlà, et il était continuellement à l'affût des idées susceptibles d'opposition ou d'analyse, pour les faire jouer ensemble ou les mettre à l'alambic. Il convenait que telle chose était vraie jusqu'à un certain rapport; mais il y avait toujours quelque restriction, quelque distinction à faire dont lui seul s'était aperçu. Ce travail d'attention était laborieux pour lui, souvent pénible pour les autres, mais il en résultait quelquefois d'heureux aperçus et de brillants traits de lumière. Cependant. ;i l'inquiétude de son regard, on voyait qu'il était en peine du succès qu'il avait ou qu'il allait avoir. 11 n'y eut jamais, je crois, d'amour-propre plus délicat, plus chatouilleux et plus craintif; mais, comme il ménageait soigneusement celui des autres, on respectait le sien, et seulement on le plaignait de ne pouvoir pas s'en résoudre ;'i être simple et naturel *.

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