‹ Marivaux, sa vie et ses œuvres, d'apres de nouveaux documents (volume 2)Chapitre 68 sur 345 · Mémoires, livre VI · texte numérisé non relu

Mémoires, livre VI

Il portait ainsi la peine de sa manière de voir trop personnelle. Ce que l'on prenait pour de l'affectation était chose naturelle; sans effort ni recherche, il avait l'imagination subtile et l'observation rapide; voyant du premier coup ce que les autres ne voyaient qu'après une longue étude ou ne voyaient pas, il étonnait en l'exprimant. Ainsi, sous peine de renoncer à penser, il ne pouvait parler d'autre sorte. Nous le verrons expliquer lui-même son genre d'esprit et s'efforcer de prouverqu'on l'accusait à tort d'être « singulier » de parti pris '. Fontenelle le savait bien : « Il faut, disait-il, passer les expressions singulières à M. de Marivaux ou renoncer à son commerce 2. » On s'aperçoit vite aujourd'hui, à étudier de près ses ouvrages, que cette singularité de pensée et d'expression tenait à sa nature même; on aurait dû s'en apercevoir de même en l'écoutant : « la facilité avec laquelle il parlait de la sorte semblait demander grâce pour ses écrits, parce qu'on pouvait croire, à sa brillante et abondante volubilité, qu'il parlait, en quelque sorte, sa langue maternelle, et qu'il lui aurait été impossible de s'exprimer autrement quand il l'aurait voulu 3. » Beaucoup cependant, comme Marmontel, ne le voyaient pas ou refusaient de le voir, par jalousie, par antipathie naturelle, par différence profonde entre leur propre tournure d'esprit et celle de

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