CANDIDATURE A L ACADEMIE
Le successeur de M. de -Metz à l'Académie n'est pas encore désigné. L'élection ne se fera qu'au commencement de janvier.... Marivaux n'a fait aucune visite, que je sache. Mais en tout cas vous me permettrez d'être assez franc pour vous dire qu'il n'aura de sa vie mon suffrage, à moins qu'il n'abjure son diabolique style. Je ne laisserai pas, s'il vient, de lui faire politesse, et de lui bien dire «pie vous m'avez écrit avec vivacité en sa laveur '.
La candidature de Marivaux ne fut pas maintenue, car, le 3 janvier 1733, jour de l'élection, l'abbé annonçait au président que Moncrif et l'évêque de Vence restaient seuls en présence.
En 1730, nouvelle tentative, ou, du moins, le nom de Marivaux est encore prononcé. Le commissaire Dubuisson, correspondant du marquis de Caumont, lui écrivait, le 8 juin :
MM. de Mirepoix et de la Chaussée sont destinés à remplacer MM. Portail et Mallet à L'Académie française . A L'égard de M. de Marivaux, qui y prétendait, il est exclu par une raison que je tiens d'un des membres glorieux de cel illustre corps. La voici mot à mot : « Notre métier à L'Académie esl de travailler à la composition de la Langue, el celui de M. de Marivaux est de travailler à la décomposer ; nous ne lui refusons pas de l'esprit, mais nos emplois jurent l'un contre l'autre, el celte différence lui interdira toujours l'entrée de notre sanctuaire 2. »
Dans ce « membre glorieux de l'illustre corps », qui donnait une forme si solennelle à ses dédains pour le marivaudage, il est permis de soupçonner d'Olivet : on vient de voir ce qu'il écrivait au prési-
1. Correspondance du président Bouhier, t. X. L8 décembre l"::i'. mss. de la Bibliothèque nationale. M. Ch. Livet a cité les principaux passages de cette correspondance relatifs ii L'Académie dans son édition de ['Histoire de l'Académie française par Pellisson et d'Olivet, L857.
i. lettres du commissaire Dubuisson au marquis de Caumonl, 1735-1741, publiées par M. Roux, 1X82, p. 221.
dent Bouhier ; c'est le même reproche avec moins d'emphase. Au reste, si c'était lui, l'abbé ne disait pas tout. Dans son hostilité contre Marivaux, il n'y avait pas seulement une antipathie de grammairien puriste, mais aussi une rancune de partisan des Anciens et de traducteur. Nous savons avec quelle ardeur Marivaux soutenait la cause des Modernes et on verra plus loin * qu'il ne cachait nullement son mépris pour les traducteurs ; à peine s'il consentait à les ranger parmi les écrivains. Or, outre d'Olivet, les « traducteurs » ou érudits étaient en nombre à l'Académie. On n'en comptait pas moins d'une douzaine : l'abbé Bignon, numismate et bibliothécaire du roi, Gros de Boze, conservateur du cabinet des antiques, l'abbé Mongault, traducteur des lettres de Cicéron, l'abbé Gédoyn, traducteur de Quintilien, l'abbé Dubos, historien des quatre Gordiens, l'abbé Alary, qui n'avait rien traduit ni rien écrit, mais qui était sous-précepteur du roi, Amelot, traducteur de Tacite, l'abbé de Rothelin, collectionneur de médailles et collaborateur en poésie latine du cardinal de Polignac, l'abbé Sallier, dissertateur savant et fécond, Hardion, professeur d'histoire des princesses, l'abbé Terrasson, helléniste, latiniste et antiquaire.
Parmi les autres académiciens, Marivaux n'avait guère plus d'amis. Les auteurs dramatiques étaient au nombre de cinq, Danchet, Destouches, Crébillon, Moncrif et La Chaussée. Nous ne savons rien des dispositions de Danchet, mais celles de Destouches n'étaient pas douteuses : dans les préfaces de ses pièces, il attaquait Marivaux par des allusions très claires. Le vieux Crébillon devait avoir sur le cœur la leçon de morale que son fils le romancier avait reçue