‹ Marivaux, sa vie et ses œuvres, d'apres de nouveaux documents (volume 2)Chapitre 88 sur 345 · DROITS D'AUTEUR · texte numérisé non relu

DROITS D'AUTEUR

recette pour les pièces en cinq actes, et au douzième pour les pièces en trois ' , — se trouvaient en fait réduites à très peu de chose par le droit que s'étaient arrogé les comédiens de s'approprier définitivement toute pièce dont la représentation aurait produit deux fois de suite ou trois fois en divers temps une somme inférieure aux frais journaliers du théâtre; et ils avaient plusieurs moyens d'amener ce résultat 2. En dehors du théâtre, les journaux de Marivaux avaient échoué. Quant à ses romans, ils n'étaient sans doute pas mieux payés par les libraires que ceux de ses confrères, Le Sage et Prévost, qui travaillèrent toute leur vie, enrichirent leurs éditeurs et moururent pauvres. On ne sera pas très au-dessous de la vérité en évaluant en moyenne à quinze cents ou deux mille livres, dans les bonnes années, le produit que Marivaux tirait de sa plume, avec ses premières représentations et ses reprises 3, ses publications et ses

1. Déduction faite des frais journaliers du théâtre, comptés à 500 livres l'hiver et 300 l'été.

2. Voir Y. Pournel, Curiosités théâtrales, chap. ix, et L. de Loménie, Beaumarchais et son temps, chap. xix.

3. Les registres du Théâtre-Français et ceux du Théâtre-Italien montrent combien les pièces de Marivaux lui rapportaient peu, surtout au Théâtre-Français. Prenons comme exemple deux pièces jouées à ce dernier théâtre : l'une, les Serments indiscrets (cinq actes), lui rapportait 2G'J livres pour neuf représentations, l'autre, la seconde Surprise de l'Amour (trois actes), 34 1 livres pour quatorze. Au Théâtre-Italien, il dut toucher 496 1. 14 s. pour les seize représentations de la première Surprise de V Amour et 1373 1. 4 s. pour les dix-sept du Prince travesti. On ne peut affirmer, cependant, que l'édit fut appliqué par 1rs Italiens, car leurs registres, à la différence de ceux des Français, ne portent pas le calcul des parts d'auteur. Ils indiquent simplement h' chiffre de chacune des parts d'acteur. En raison de la gêne primitive, ces paru furent de \-ï.\ 1. pour la première Surprise de l'Amour; pour le Prince travesti, elles sonl île 852 1. Je pencherais i croire que les Italiens appliquaient l'édit, avec frais journaliers moins élevés que pour le Théâtre- Français; leurs registre- portent 120 1. de frais par soirée pour

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réimpressions f. Marivaux était d'autant moins sûr de ses moyens d'existence qu'il dépensait sans compter, au jour le jour. Avec ses habitudes d'élégance et de recherche, il songeait d'abord au superflu, et bientôt le nécessaire lui manquait. Mme de Tencin intervenait alors et, avec une délicatesse inventive, le décidait à recevoir ce qu'il eût refusé d'une main moins habile aux ménagements 2. Malheureusement pour lui, elle mourut trop tût, en 1749, à peine six ans après l'avoir fait entrer à l'Académie. Marivaux écrivait sur cette mort à la comtesse de Verteillac : « Mme de Tencin n'est plus. La longue habitude de la voir qui m'avait lié à elle n'a pu se rompre sans beaucoup de sensibilité de ma part 3. » C'est le style du temps, et, sous la modération discrète de la forme, il est permis de supposer un profond regret.

C'est encore à l'amitié de Mme de Tencin qu'il dut une autre protection, celle de Mme de Pompadour, fort obligée à Mme de Tencin, qui avait grandement aidé la « petite d'Etiolés » à parvenir jusqu'au roi. Collé estime à ce sujet qu'il fut conduit « à recevoir des bienfaits de gens dont il n'eût jamais dû en accepter 4 »; ce pluriel désigne la favorite. C'est,

la première Surprise de l'Amour, et 150 pour le Prince travesti. Il faut ajouter qu'au Théâtre-Italien les pièces de Marivaux tombaient rarement au-dessous du minimum, tandis qu'aux Français cette mésaventure leur arrivait souvent. Enfin, à ce dernier théâtre, une fois jouées dans leur nouveauté, elles reparaissaient rarement; aux Italiens, au contraire, elles entraient au répertoire et reprenaient souvent l'affiche.

1. Deux mois avant sa mort, le 30 novembre 1761, Marivaux vendait pour 500 livres au libraire Duchesne deux volumes de pièces détachées; la quittance de ce marché se trouve en facsimilé dans l'édition Duviquet.

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