SON ORIGINALITÉ
refont, en les affaiblissant, des comédies déjà faites; aucun d'eux ne se sent la force ou le courage d'être original. Molière semble avoir tari la veine comique et condamné ses successeurs à l'impuissance.
Avec Marivaux, la comédie entre dans une période nouvelle. Il ne se rattachait directement à aucun de ses devanciers. Très désireux de ne pas les imiter, même les plus illustres \ il prétendait ne relever
court lui ressemble aussi peu que possible, et, quantàDufresny, les contemporains de Marivaux lui faisaient trop d'honneur en le comparant volontiers à Marivaux.
Pour Destouches, Villemain, sans le mettre expressément au-dessus de Marivaux, lui donne une place plus considérable* dans son Tableau de la Littérature française au xviue siècle (douzième leçon). Cependant, que reste-t-il de Destouches? Un chef-d'œuvre du répertoire du second ordre, le Glorieux, et une pièce simplement amusante, la Fausse Agnès, que Ton ne reprend plus guère ni Tune ni l'autre. Le grand défaut de Destouches, est de manquer du don théâtral, de n'imaginer, sauf une fois et par une bonne fortune qu'il ne retrouva plus, que des caractères invraisemblables et des situations forcées. 11 en a un aussi grave, relevé avec beaucoup de justesse par M. Fr. Sarcey : c'est de ne faire le plus souvent, comme la plupart de ses contemporains, au lieu de comédies, que « des épitres morales, coupées en forme de dialogue et écrites du ton de la satire », de soutenir au théâtre « des thèses du genre de celles qu'Horace, Pope, Boileau et Voltaire ont développées en vers prudents et spirituels. » (Le Temps, 6 février 1882.) On fait un mérite à Destouches d'avoir introduit dans la comédie l'élément sérieux et d'avoir ainsi préparé les voies à La Chaussée et Diderot; mais, ce mérite, Marivaux l'a eu aussi, et sa Mère confidente (voir ci-après, chap. v) est très supérieure au Philosophe marie'. On le loue encore d'avoir facilité le renouvellement de la comédie* en renonçant à l'imitation de Molière et de Regnard. Mais, ici, il faut distinguer : la plus grande partie des pièces de Destouches est dans la tradition de Molière; les autres, comédies de mœurs ou de caractères, sont coulées dans le vieux moule et n'innovent rien. Ce n'est qu'avec le Philosophe marié (1727; et le Glorieux (1732), que, désespérant d'atteindre à la philosophie de Molière et la gaieté de Regnard, il essaye de crée un genre nouveau, et alors il tombe plus que jamais dans le défaut signalé par M. Sarcey. À ce moment, Marivaux a trouvé sa voie.
1. Telle était du moins son intention; en réalité il n'a pu se
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que de lui-même. C'est à tort qu'on a voulu faire de lui, pour la comédie comme pour tout le reste, un disciple de Fontenelle et de La Motte. S'il avait tenu, en débutant, à se mettre sous leur patronage, il ne se proposait nullement de les prendre comme modèles. Tout au plus se rapproche-t-il d'eux par une communauté de doctrines critiques, par un même tour d'esprit fin, curieux et observateur; mais rien de plus différent que son talent et celui de ses d'eux amis, comparés dans l'ensemble de leur œuvre et non pas seulement dans quelques détails communs. Au théâtre, Fontenelle, le génie le moins dramatique qui fut jamais, quoique neveu du grand Corneille, ne s'éleva jamais au-dessus du médiocre. Veut-on que ses tragédies d'Aspar, de Bellérophon ou de Brutus aient servi de modèle
à Annibal? Il écrivit encore, outre la pastorale héroïque (TFndymion, oubliée en naissant, quelques opéras, comme Psyché, Lavinie, Thétis et Pelée, qui ont leur mérite d'intérêt et même de versification, tandis que Marivaux dut une partie de son succès à des féeries et à des comédies mythologiques. Mais les
garder complètement des réminiscences de détail. Nous avons déjà vu que Molière était imité dans plusieurs scènes du Père prudent et équitable; Racine Test aussi, et très faiblement, au moins à quatre reprises, dans Annibal. La scène vu, acte III, des Serments indiscrets, entre Damis et Lucile, est une pâle copie de la fameuse scène du second acte de Tartufe entre Marianne et Valère. L'Héritier de Village rappelle à chaque instant Georges Dandin et le Bourgeois gentilhomme. L'École des Mères s'inspire évidemment de l'École des Femmes. Regnard pourrait réclamer comme sienne l'invention de la scène vin, acte II, de la seconde SwprUe de V Amour et de la scène vu du Dénouement imprévu, qui viennent, la première du Joueur (acte IV, scène x), la seconde des Folies amoureuses (acte II, cène vi). La scène vu d'Arlequin poli par l'amour rappelle une fable de La Fontaine, Tirets et Amarante (liv. VIII, fable vni). Les souvenirs de Turcaret sont assez nombreux dans le Triomphe de P tutus, etc.