MARIVAUX ET FONTENELLE
scénarios de Fontenelle, sans originalité, coulés dans le moule uniforme du genre, destinés surtout à servir l'inspiration du musicien, ne sauraient être comparés aux fantaisies de Marivaux, neuves, personnelles, vivant de leur vie propre et ne demandant à la musique d'autres secours que quelques airs pour les divertissements qui les terminaient. Enfin, les Poésies pastorales de Fontenelle, les plus faux exemplaires, sans contredit, d'un genre déjà faux au temps de Virgile, badinages de salon dans un cadre champêtre, n'ont aucun rapport avec les paysanneries de Marivaux, d'une observation souvent prise sur le vif. Môme différence pour le caractère propre des deux auteurs. Fontenelle aime les demi-mots et les sous-entendus, et ne dit jamais que la moitié de sa pensée; Marivaux développe la sienne jusqu'au bout et en tire souvent plus qu'elle ne contient. Fontenelle affecte la familiarité dans l'expression des pensées les plus hautes et l'exposition des théories scientifiques les plus grandioses; Marivaux dit avec recherche les choses les plus simples et analyse les sentiments les moins compliqués dans un langage que l'on accuse d'être toute une science. Fontenelle vise à la simplicité, même lorsqu'il est prétentieux et singulier; Marivaux est fin, même lorsqu'il veut être simple. Le style de Fontenelle est toujours soigné, et même recherché; Marivaux semble écrire au courant de la plume. Fontenelle enfin ne s'échauffe jamais et ne connaît pas l'enthousiasme, Marivaux est sensible et rencontre l'éloquence par la force de l'émotion *.