‹ Marivaux, sa vie et ses œuvres, d'après de nouveaux documents; (volume 3)Chapitre 108 sur 360 · THÉORIE ET CARACTÈRE GÉNÉRAL · texte numérisé non relu

THÉORIE ET CARACTÈRE GÉNÉRAL

Il nous a donné la théorie de son talent et de la manière dont il entendait, après tant d'autres, l'art de représenter les hommes sur le théâtre, car, Sainte- Beuve Ta remarqué, de tous les écrivains Marivaux est celui qui cherche le plus à se rendre compte des autres et de lui-môme *. D'abord, il est « né de manière que tout lui devient une matière de réflexion » ; « c'est, dit-il, comme une philosophie de tempérament que j'ai reçue et que le moindre objet met en exercice 8. » L'auteur idéal qu'il représente quelque part, et qui, suivant l'usage, n'est autre que luimême, ou du moins ce qu'il voudrait être, cet auteur serait « doué d'une pénétration profonde, d'une vue fine et déliée, d'un sentiment nourri partout d'un goût de réflexion philosophique 3. » Mais il n'est pas le premier qui ait observé les hommes avec ce goût de réflexion et de philosophie; d'autres pourraient peut-être lui servir de guides. Il se gardera bien de les suivre, car il ne reconnaît de modèles dans aucun temps et dans aucune littérature \ Il veut, avant

M. F. Brunetière estime avec raison que Marivaux est le seul, entre les auteurs comiques duxvm' siècle, qui se montre « tout à fait émancipé de Molière », dont Regnard, Le Sage et Beaumarchais suivent tous la trace. En revanche, dit-il, Marivaux, libre du côté de Molière, « va se mettre à l'école de Racine », et « la comédie de Marivaux, c'est la tragédie de Racine, transportée de l'ordre de choses où les événements se dénouent par la trahison et la mort dans l'ordre de choses où les complications se dénouent par le mariage. » Vinet disait aussi : « Quant à la peinture du cœur (Marivaux) c'est Racine en miniature ». (Histoire de la Littérature française au xvm* siècle, t. I, p. 256.)

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