Propos rapporté par d'Alembert, p
il fût bien difficile d'inventer encore. Molière avait fait de la comédie l'image de la nature humaine dans ses traits éternels et de la société française dans ses traits passagers. Il l'avait consacrée surtout à la peinture des caractères, résumant dans quelques personnages les traits d'une foule de modèles. 11 avait épuisé, pour une longue période, les grands sujets comiques; il fallait attendre, pour les reprendre après lui, que le temps eût renouvelé, sinon l'homme, du moins la société dont l'aspect change avec chaque siècle '. Après Molière, Regnard, laissant à son devancier la profondeur de l'observation et la conception créatrice, ne songeant qu'à faire rire et s'amusant tout le premier de ses inventions, avait trouvé dans les ridicules passagers, dans le côté plaisant des situations, présentés en de vives intrigues et se déroulant à travers une action qui ne languissait jamais, un fonds inépuisable de saillies et de traits, des torrents de verve amusante et de gaieté facile '. Ainsi, comédie de caractères, comédie de mœurs, comédie d'intrigue semblaient, après Molière et Regnard, ou pliées à une forme définitive ou épuisées pour longtemps.
Marivaux réussit néanmoins, sinon à renouveler le fonds comique, du moins à, donner une forme nouvelle au genre qu'il employa de préférence, la comédie de mœurs; il fit, lui aussi, des découvertes dans le domaine du cœur et de l'esprit; il étudia ses contemporains avec un tour particulier d'observation ; il fit monter sur la scène des personnages qu'on n'y avait pas vus avant lui 3.
1. Marivaux avait du reste le tort de ne pas aimer Molière et il ne s'en cachait pas (voir ci-après, 3e partie, chap. îv.)